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[video/software] poetry::S::quanti::K::: v.1.0

Je présente dans ce poste la version 1.0 de poetry::S::quanti::K:::, logiciel programmé avec pure_data/GEM.

poetrysq1.jpgP::S::Q est un logiciel de séquençage à partir de textes poétiques mis en preset. Il est possible aussi de taper son propre texte pour le séquençage. Il s’agit ainsi d’entendre la poésie autrement que selon sa prononciation ou sa saisie linéaire, mais selon une logique algorithmique, qui amène que le texte est déplacé d’un référent (linguistique) à deux autres référents  (sonore et visuel), qu’il est interrogé dans son atomicité. C’est en ce sens que P::S::Q se situe dans une généalogie expérimentale explicite du Futurisme à la poésie visive en passant par Dada et le lettrisme.
Ce qui anime cette création, tient au fait de mettre en évidence, de quelle manière un texte poétique peut se constituer dans un univers numérique. En effet, depuis maintenant quelques années le seul transfert du texte sur le web, est devenu le principe de ce qui est appelé une littérature poetrys2.jpgnumérique. Or, s’il est évident qu’il y a bien transfert, celui-ci est seulement un déplacement du texte du point de vue de son support. La spécificité de l’outil numérique n’est pas prise en charge, au mieux elle se traduit dans une logique d’hypertextualité liée aux liens, et quelque fois à l’intégration de son ou d’image. Rien dans l’ensemble de ces pratiques ne prend en compte le caractère propre de la machine : ses possibilités de séquençage par exemple, ou encore ses possibilités génératives propres : notamment au niveau du son et de l’image.

C’est pourquoi avec P::S::Q, j’interroge ce que pourrait être une poésie sonore et visuelle à l’ère du numérique. Le texte devient une séquence du programme, il est la variable active, celle qui va être lue. Le logiciel lit bien le texte, mais il l’interprète selon sa logique de programmation poetrys3.jpg(au même titre que quand je lis un texte, c’ets selon ma matrice neurocognitive que je traduis le code en son et que je décrypte du sens). C’est pourquoi, avec P::S::Q, je me suis volontairement privé de l’emploi de voix synthétiques, afin de ne pas renvoyer à la poésie sonore. Le texte est lu selon des potentialités de la machine, non analogiquement reliées aux potentialités de lecture humaine et devient sonore et visuel selon ce qui est programmé : tous les sons sont générés en temps réel (il y a sept sortes d’instruments différents, issues de synthèses). P::S::Q ouvre ainsi la question d’une poésie sonore numérique, qui demande une forme d’interprétation. En effet, si le séquençage est automatisé, il s’agit pour nous de jouer la séquence. Ainsi, P::S::Q permet de mixer, de travailler le son, au fur et à mesure. De même, au niveau de l’image, si elles obéissent à la séquence, il est possible de les mixer, de les relier spécifiquement à un des sept instruments. De même, au niveau de l’image, si le texte est bien intégré, il est mot-lécularisé, à savoir chaque lettre devient une molécule et se déplace librement.

P::S::Q est ainsi le lieu d’une possibilité de bataille rythmique entre des langues. C’est selon ce second degré, que pour celui qui joue, il est possible d’introduire des battle (ici dans l’extrait Hubaut VS Rimbaud). Les combats rythmiques s’affichent bien évidement à l’écran. La séquence sonore qui est entendue dans l’extrait provient de Hubaut, Lissez les couleurs (Al dante) : “I drappx tt ladrap o la tt”. Il est bien entendu que les séquences de texte traitées peuvent être de toute longueur, mais bien évidemment, plus elles sont longues, moins la récurrence sera audible.

[Théorie] Analyses préparatoires en vue du forum du 8 octobre à la SGDL

bandsgd.jpgJe viens de publier sur Libr-critique.com, les deux premières analyses préparatoires à la table ronde du 8 octobre à la SGDL (Société des Gens De Lettres).
Première partie : L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit [I/ Le gros lecteur]
Seconde partie : L’avenir et le contenu de l’oeuvre de création par l’écrit [II/ Médium et modalité de diffusion]

[article] Chronique de Pan Cake par Romaric Sangars

Pan Cake vient à peine de sortir, et déjà une chronique fort sympathique écrite dans Chronic’art par Romaric Sangars.

pancake1.jpgpancake2.jpg

[article] Devenirs roman dans la crise de l’interprétation

[Article écrit pour Libr-critique.com]
Depuis quelques temps [cf. Télérama du 27 janvier], et encore ces derniers jours, semble se poser la question du roman, de sa nature, de sa manière d’être, ou encore d’apparaître, de son existence ou encore même de sa survivance. Ceci posant bien évidemment la question de la littérature en cette époque, de ce qu’il en est, de ce qui travaille en elle, de ce qu’elle travaille ou machine afin d’apparaître.
Crise du roman, ou plutôt crise de l’interprétation de ce qu’est le roman. Que l’on se reporte au livre de Jean Bessière [ici], ou bien aux questions que se posent Richard Millet [écrivain et éditeur à Gallimard] et Jean-Marc Roberts [éditeur de Stock], ou encore au fameux article de Francis Marmande, qui suite aux remarques de François Bon [ici], commence à se faire connaître, et contre-dire [par exemple sur le site lignes de fuite de Christine Génin [ici]], à chaque fois la question du roman est pensée comme ouverture d’une crise, et delà d’une certaine forme de critique de sa présentation actuelle, comme si cette manière d’être actuelle, chez un certain nombre, ne représentait pas ce que serait essentiellement le roman. C’est en ce sens que face à ces constats de crise, je vais tenter de montrer la qualité et la pertinence de certaines analyses de Devenirs roman publié par les éditions inculte/naïve.

Symptomatologie d’une critique
Il s’agit donc de parler de crise du roman. Crise que J. Bessière stigmatise à travers l’opposition d’un côté d’une littérature qui s’enroule sur elle-même, s’interrogeant davantage sur sa forme et sa présence que questionnant le monde, se focalisant sur le sujet qui s’exprime [auto-fiction] et non pas le monde où il existe et de l’autre d’une littérature qui non-autotélique, se porte vers le monde, semble se donner dans une certaine forme d’engagement, de déréférencialisation au simple vécu énigmatique de l’ego. Crise que Richard Millet et Jean-Marc Roberts constituent à travers le fait qu’il n’y ait plus de vrais lecteurs, à savoir de grands ou gros lecteurs, et que de plus il n’y ait plus de critères pour hiérarchiser les oeuvres au niveau qualitatif, à savoir donc plus de critiques, tout semblant relativiser, et ceci symptomatiquement en liaison avec internet et les blogs. C’est ainsi que Jean-Marc Roberts peut déclarer : « Je suis optimiste pour le roman, mais pessimiste sur notre époque qui est anti-littéraire. Le pire, ce sont les blogs : non seulement les gens ne lisent plus mais ils ne vivent plus. Interdisons les blogs ! ». Crise enfin, que Francis Marmande détermine selon la cause même d’internet, et ceci en citant d’une façon erronée Hugo, comme Christine Génin l’a parfaitement analysé sur Lignes de fuite.

Cette crise semble se constituer de plusieurs symptômes, mais qui en fait peuvent être pensés sous le principe d’une analyse de ce que pourrait être la post-modernité historiquement. En effet J. Bessière critique le fait que la littérature se soit enfoncée dans un jeu sur elle-même : mise en question de sa forme, auto-réflexion sur soi du sujet écrivant et abandon de la confrontation au réel, etc… On reconnaît là un double trait de l’ère post-moderne : d’un côté le passage au relativisme des jeux de langage, et de l’autre une forme de narcissisme qui se serait immiscée de la dimension sociale à la dimension de la littérature. De même si on considère le premier symptôme posé par l’entretien de J.M Robert et de R. Millet, on s’aperçoit que la perte du critère de jugement, à laquelle correspond alors une forme de prétention individuelle à pouvoir se poser soi-même comme critère, est dans la lignée de la critique de la post-modernité, en tant que lieu de l’égalisation des différences, relativisation absolue des principes, hégémonie du sujet du point de vue du jugement par rapport à un critère réfléchi rationnellement, etc… On le perçoit, alors qu’ils établissent une ligne de ce que serait généalogiquement la vérité en littérature, donc le vrai roman, ils traduisent le malaise de voir que l’on ne voit plus historiquement cette ligne apparaître, de sorte qu’il semblerait que cette ligne constituant le méta-récit de la littérature, ait disparu dans la fragmentation des micro-récits, de micro-territoires littéraires. Ce qui renvoie finalement au deuxième symptôme qui est indiqué dans l’entretien : internet. Car en effet, et là on perçoit bien l’appréhension de Francis Marmande, internet serait bien le lieu d’une circulation illégitime de la littérature, pouvant mettre en péril la fragile structure éditoriale du livre, notamment qui a pignon sur rue, ou bien qui s’affiche régulièrement en tête de gondole. Internet, et c’est maintenant de plus en plus évident, est caractéristique de ce qui a pu être dénoncé sous le concept de post-modernité. Dimension d’expressions multiples, où de nouvelles hiérarchies se font/défont [lieu donc d’une archi-mémoire amnésique], où des expériences diverses se constituent, où s’assemblent des communautés aussi bien de lecteurs que d’écrivains, où la subjectivité constitue sa propre fiction d’existence, et qui paraît à F. Marmande comme le couteau saignant peu à peu la réalité du livre, la force du roman.

[article d’actu] L’École n’est pas un monde à part M. Sarkozy.

Lors de son discours de campagne de Maison-Alfort [2 février 2007], Nicolas Sarkozy, stratégiquement, a visé une nouvelle catégorie ancrée à gauche : les professeurs. Il est nécessaire de mettre en évidence un certain nombre de faux-semblants véhiculé par sa diatribe.
Faisant le constat d’un échec de l’Éducation Nationale, il a focalisé tout au long de son intervention le problème de l’École, comme ne dépendant que du rapport professeur-élève et du statut professoral. En, ce sens, si l’école éprouve certaines difficultés et s’il y a des problèmes qui se produisent dans les collèges et les lycées surtout, cela tient principalement à la manière dont l’École est pensée actuellement. C’est en ce sens qu’il a posé la nécessité d’un redurcissement de l’École aussi bien au niveau de l’apprentissage qu’au niveau de la discipline, ceci devant produire l’effet escompté : un rétablissement de l’ordre dans le cadre scolaire.

Toutefois, derrière cette apparente cohérence, des remarques sont à faire. Le philosophe Alain, au début du siècle, lorsqu’il définissait la construction de la conscience de soi, posait que celle-ci se faisait par imitation, reprenant en ce sens la thèse de Tarde, imitation de tout le bruit quotidien de la famille : papa, maman, la bonne. L’enfant immergé dans une famille, ne pouvant avoir de vie que locale (n’ayant aucun moyen technologique pour délocaliser ses références) était tenu dans le cadre familial, du quartier, de l’école, puis de l’entreprise, souvent sans jamais sortir de ces dimensions : peu de déplacements, peu d’informations, pas d’interaction avec des dimensions extérieures. L’imitation reproduisait effectivement les modèles de la famille, et souvent de la classe sociale et ceci via la reproduction des habitus comme l’a montré ensuite Bourdieu.
Cependant, ce début du siècle, ou la fin du XIXème siècle est bien loin !
Ce n’est pas seulement l’École qui s’est modifiée, mais s’il y a eu modification de l’École, c’est corrélativement aux changements de la société et des processus de construction de soi de l’enfant. L’enfant ne se construit plus seulement dans le rapport à la famille, mais dès le plus jeune âge, il est immédiatement poser face à des modèles hétérogènes à celle-ci, extérieurs, et produits dans bien des cas selon une logique médiatique de profits pour celui qui fabrique le modèle. La psychologie sociale, à la base du marketing, étudie bien cela : il s’agit d’impacter positivement le récepteur d’une diffusion quelconque afin de lier avec lui une relation de dépendance. C’est en ce sens que la formation des modèles repose sur l’étude spécifique des conditions affectives et cognitives de réception de la part de l’enfant. L’enfant d’aujourd’hui, tirant ses modèles de la télévision, des jeux vidéos, des sites internets, n’est plus du tout celui du début du XXème, sa compréhension du monde, n’est pas forcément plus ouverte et plus large, mais elle s’est déplacée quant à ses références, elle s’est même dispersée pour se construire parfois selon certaines intentionnalités hybrides.
Dès lors l’Ecole, n’est plus le référent culturel éducatif premier qui succède à la sphère parentale et qui lui serait lié selon les valeurs. Mais dès le plus jeune âge, l’enfant est immergé dans des processus éducatifs extra-parentaux et pré-scolaires qui vont le déterminer et lui inculquer un ensemble de valeurs qui peuvent être parfois opposées à celles de la famille et de l’École.
C’est ce filtre qu’oublie Nicolas Sarkozy : le comportement des enfants ne vient pas d’abord de l’École et de son relâchement, mais la transformation de celle-ci est due à la transformation aussi bien des contenus que des formes de conscience des enfants. S’il y a des problèmes l’École, lié à certains types de comportements, c’est qu’agit pour une part ces nouveaux modèles sur l’élève. L’École n’est pas refermée sur elle-même, mais elle est le lieu où se diffuse même cette culture médiatiquement construite. Elle est le lieu de la socialisation des modèles ainsi perçus, lieu de leur assimilation.

Certes, l’idée de l’élève, comme table-rase, que l’on instruit fait rêver. On se laisse aller à penser quel bonheur cela serait si tous les élèves étaient dans la volonté d’apprendre, de se cultiver, de connaître. Toutefois, arrêtons-là les rêves. Car il ne faut pas considérer l’élève et l’École telle qu’on aimerait qu’ils soient, mais telle qu’ils sont et selon les conditions historiques de leur être.
Le problème de l’École est ainsi à reposer dans le cadre général d’une réflexion sur la culture et l’éducation selon l’ensemble des interactions sociales, culturelles et économiques.
Par conséquent, loin de penser l’École avec comme référent son passé pour tout horizon d’avenir, il faut réfléchir d’abord son présent, et les mécanismes qui la définissent, qui interagissent avec elles. Car au lieu de caricaturer l’Ecole et ses résultats comme le fait Nicolas Sarkozy osant dire cette absurdité : l’«école ne fonctionne plus comme un lieu de transmission du savoir mais comme une gare de triage où se joue, dès le plus jeune âge, la destinée de chacun», il vaudrait mieux d’abord s’intéresser spécifiquement au fait que certaines populations, tout à la fois localisables géographiquement et économico-socialement, ne peuvent transmettre le modèle de la réussite scolaire face aux modèles qui jouent sur la conscience de l’enfant, alors que pour la grande majorité de la population scolaire l’école est bien un lieu d’apprentissage, voire même d’épanouissements intellectuels, qui permet de se forger certains modèles. Et ce n’est pas en agitant sans cesse l’argent, la réussite financière [leitmotiv sarkozyste s’il en est un] que l’on pourra lutter contre certains modèles médiatiques hétérogènes à l’École, au sens où leurs valeurs sont plus efficaces et de loin sur la conscience des enfants ou adolescents.

Tout le paradoxe de Sarkozy, qui dépasse largement ce problème de l’École, apparaît : car son discours contredit les faits : ce qu’il défend, et qui il fréquente. En effet, et pour ce cas précis on le perçoit : d’un côté il est l’allié d’entrepreneurs qui font peu de cas de la culture au profit de leur bénéfice [Lagardère, Bouygues/TF1] et de l’autre son discours impliquerait une transformation globale du cadre social de l’École. Même paradoxe avec les travailleurs.
Mais ne nous leurrons pas : si sa stratégie est claire et visible, malheureusement elle ne sera que peu perçue, l’apparence des mots étant plus forte que leur analyse.

[théorie] Théorie(s) de l’action : à propos du Doc(K)s théorique

Il s’agira de parler de deux perspectives sur l’action qui sont exposées dans le premier numéro [n° 1-4] de la 4ème série de DOC(K)S, car en effet, à moins de vouloir développer un essai complet sur la poésie, il apparaît impossible de saisir dans le détail la somme de ce dernier numéro. Seul le choix d’une ligne de structuration peut permettre de comprendre en quel sens se joue des tensions critiques, théoriques et pratiques. Et pourtant… Et pourtant, l’action hante de très nombreux articles, on les croisera, de nombreux en revenant même à sa descendance, à ses origines grecques. Ce numéro n’est pas celui sur l’action, mais il en est ici certainement plus question que ce ne le fut précédemment, même si cela fait moins œuvre. Plus question, car donné par beaucoup comme question même de la poésie, de son ouverture, de sa réalisation.

L’action : le choix de deux textes, celui d’Alain Frontier développant une critique explicite de la théorie de la poésie action directe de Christophe Hanna, et le texte de Hanna renforçant les bases épistémologiques qui sont les siennes dans son livre pris ici en grippe. Choix de deux textes qui ne pourra ignorer cependant ceux qui croisent ces deux axes, tels ceux de Pey, Darras ou encore Leibovici. Pourquoi choisir ces deux perspectives ? Non pas seulement parce qu’elles sont l’une à côté de l’autre, mais parce que l’une et l’autre me paraissent synthétiser deux voies qui s’opposent aussi bien quant à la définition ontologique du sujet, que quant aux spécificités qui déterminent épistémologiquement la possibilité de saisir les enjeux d’une création donnée.

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