TRAVAUXAll the achievements made in digital art since 2007
EXPOSITIONSPast exhibitions
PASSÉSPast performances, exhibitions, interventions since 2001
COLLABORATIONSCollaborations with other artists made since 2001 : théâtre, dance, expositions, performances, musique.
ARTICLESArticles philosophical, political or aesthetic and literary creations on paper
LIVRES
CD/DVD


[Livre] Écrivains en séries ed. Léo Scheer

arton1309.jpgVient de sortir Écrivains en séries, aux éditions Léo Scheer, livre collectif dirigé par mon ami Emmanuel Rabu. 71 écrivains, dont je fais partie, pour 117 séries. Je me suis occupé de Lost, en ouvrant à un travail plus long que l’on retrouvera notamment aussi dans TINA n°3, travail ayant pour titre : Lost, machine mentale. Mais aussi Danger Man (Destination danger) et San ku kai. Je donne à lire ci-dessous ma présentation courte sur Libr-critique.com.

Il ne sera pas question dans cette note de faire le compte rendu de ce livre, ni non plus de faire la liste des 71 écrivains qui ont participé à ce projet ambitieux, concernant 117 séries. Mais bien plutôt de donner un axe de réflexion, indiquant  la pertinence de ce volume. La question de la narration et du schéma narratif occupe une grande place dans la littérature, comme cela se voit jusqu’à récemment avec les recherches formelles par exemple de Jean-Michel Adam, ayant schématisé les logiques narratives et leurs caractéristiques structurelles. Si pour une part la question de la narration est sortie de la littérature avec l’avènement du cinéma, il est évident qu’au vue d’une certaine standardisation due au marché (temps de projection limité, nécessité d’intégration de marché large, sans segmentation trop caractéristique des publics), le cinéma, s’il reste prégnant culturellement, ne propose que trop rarement, des expériences narratives débordant les cadres conventionnels qui garantissent l’entrée dans des marchés. Ainsi, que cela soit en Europe, ou bien aux États-Unis, ce n’est pas tant le schéma narratif qui fait la qualité d’un film, que le contenu de l’histoire (ne pas confondre la forme narrative et son contenu), la qualité de l’interprétation, ou encore la qualité photographique du film et ses potentialités de mise en tension narrative (par exemple There will be blood, de Paul Thomas Anderson, est l’un des chefs-d’oeuvre photographiques ouvrant une mise en tension narrative qui a été produit dernièrement). C’est pourquoi, le cinéma n’est que peu inventeur de schémas narratifs (certaines exceptions apparaissent notamment dans cette nouvelle vague américaine comme David Fincher, Christopher Nollan, Darren Aronofsky entre autres), alors qu’il est encore inventeur de dimension esthétique que l’on ne perçoit que peu au niveau télévisuel. Est-ce à dire que seule la littérature, par ses possibilités laissées encore très libres, et des coûts de réaisation infiniment moindre que le cinéma, serait le lieu de l’expérience des schémas narratifs ? Non, pas du tout. Et c’est là l’intuition très pertinente d’Emmanuel Rabu : la série télévisée comme lieu d’expérience aussi bien des possibilités narratives que d’une réflexion sur l’époque. Or, qui mieux que des écrivains contemporains, expérimentateurs des formes et des contenus, pouvaient se saisir d’un tel enjeu.
Car ce volume n’est pas un dictionnaire au sens habituel du terme. Aucun souci d’exhaustivité sur le plan des séries. Il y a eu bien plus de 117 séries dans l’histoire télévisuelle mondiale. Aucun souci d’exposition calibrée et normée par rapport à chaque série, si ce n’est un bref encart en marge donnant les renseignements d’usage (date, producteur et chaine de diffusion). Mais tout au contraire : l’ouverture de séries par des écrivains, à savoir la possibilité pour les écrivains, d’entrer dans une relation personnelle, d’écriture aux séries qui les ont marquées. Car chaque texte dans ce volume, témoigne d’une rencontre. Parfois fort brève, comme en témoigne Pierre Ménard, avec Flipper le dauphin : “Huis clos masculin autour d’un machin visqueux” (p.197). Stop. C’est tout. Les informations sur la série, en marge, sont plus longues que le texte.
Mais ces rencontres peuvent être bien plus longues, sineuses, problématiques, littérairement inventives, comme on peut le voir avec les textes aussi bien de Sylvain Courtoux sur Prison Break (pp.340-346), de Vannina Maestri sur Monster (pp.277-280), de Charles Pennequn sur Les Simpson (pp.380-389) ou encore de Jacques Sivan sur Aeron Flux (pp.26-33). Chaque texte ici mentionné, invente une mise en page pour se saisir de la série, interroge le lieu littéraire dans la friction du lieu télévisuel.
La série télévisée, par son format et ses évolutions est devenue, plus qu’un simple phénomène de société, qui serait creux et symptomatique d’un vide culturel, mais bien le lieu où s’inventent des possibilités de narration, de structures de récit (il n’est qu’à voir actuellement la série Lost qui bouleverse totalement les logiques temporelles spatiales habituelles en narration). En invitant des écrivains à rencontrer les séries, ce qui se joue est l’entre-croisement entre deux lieux de réflexion sur le récit, sur l’écriture.De ce fait ce livre n’est pas seulement pop-culturel, mais il ouvre à une réelle réflexion sur les enjeux propres aux séries. Les séries sont considérées comme des éléments culturels réels, et de plus en plus importants, que l’on pourrait considérer en miroir de ce que fût au XIXème siècle l’émergence des feuilletonistes