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ARTICLESArticles philosophical, political or aesthetic and literary creations on paper
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[TEXTE] extrait d’Atome-Z, nous sommes 6 milliards.

[À l'occasion de la création Espaces Indicibles par la compagnie Incidents Mémorables, je donne à lire un extrait d'Atome-Z qui intervient à la fin de cette création  mettant en perspective l'homme neuronal]
la probabilité que 2 animaux fixés en des régions opposées sur terre se rencontrent est proche de zéro
même s’il s’agit d’animaux migrateurs
l’homme est-il un animal comme les autres ?
le serait-il par intermittence, à certaines heures

les 6 milliards d’hommes vivent dans le monde
le monde n’étant pas la terre, cela ouvre des probabilités de rencontres qui n’existent pas sur terre

le monde n’étant pas la terre
le monde ayant des profondeurs qui en font une bande de möbius
alors que les profondeurs de la terre donc du sol ne sont que crevasses, abîmes, vallées, falaises, puits, ornières,
les profondeurs du monde sont des volumes et des plans et des strates et des lieux et des domaines
qui forment aussi des boucles

c’est parce que les profondeurs du monde ne sont pas des cavités comme les autres
que les hommes ne sont pas des animaux comme les autres
que les hommes se sentent narcissiques
aimant bien épouser le contour de leur propre ombre sur le sol de la terre
c’est seulement lorsque l’homme s’accomplit dans une cavité naturelle qu’il devient un animal comme les autres
qu’il peut jouir qu’il peut aussi mourir
qu’il quitte le monde pour s’enfouir dans la terre

c’est parce que les profondeurs du monde ne sont pas des cavités comme les autres — celles de la terre
que les hommes ne sont pas des animaux comme les autres fixés à une région géographique du sol où ils sont inscrits

l’inscription chez l’homme ne dépend pas seulement de la terre
même si au début il n’avait d’inscription que sur celle-ci
même si au début l’homme n’avait pas découvert le monde
et les 6 milliards de particuliers qui sont inscrits dedans
au-dedans du crâne qu’il n’avait pas découvert

l’inscription chez l’homme ne dépend pas spécifiquement de la terre
même si encore des hommes parce qu’ils ne sont pas dans la bonne partie du monde sont surtout inscrits sur la terre et pas dans le monde
ainsi = toutes les parties du monde n’ont pas la même qualité
la relation possible entre deux hommes, inscrits en des points opposés sur terre, dépend de la qualité du monde dans lequel ils vivent
l’homme n’est pas un animal comme les autres car il se sent chez lui dans le monde
le monde qui est un compte-pour-un se déplie en des milliards de volumes et de plans et de strates et de lieux et de domaines et de zones
l’homme qui n’est pas un animal comme les autres le fait bien sentir aux animaux — homme ou animal — lorsqu’ils entrent dans son monde

Le monde def.1 : réalité une qui contient l’ensemble des interactions des intersections des interrelations des hommes qui tournent en rond dans le crâne
Le monde def.2 : réalités multiples qui sont constituées comme des boules dans le crâne de chaque homme qui s’inscrit dans un monde
Le monde def.3 : réalité privée qui permet de discriminer tous les animaux — homme ou animal — qui viendraient enfreindre la frontière
Car n’oublions pas que le monde a des lignes, des frontières, des lisières, des clôtures, des parois, des limites

C’est pour cela que c’est un compte-pour-un dépliable en des milliards de mondes multiples et aussi privés
Les profondeurs de la terre ne permettent pas de passer d’un monde à un autre
Les espaces sont localement déterminés
Ils sont reliés spatialement
Les profondeurs du monde permettent de passer d’un monde à un autre
Ces profondeurs sont visiblement les portes, les fenêtres, les véhicules, les ascenseurs, les escalators, les tapis roulants, les avions, les trains
Ces profondeurs se déplacent car l’une des qualités de la profondeur dans le monde humain c’est de pouvoir se déplacer

L’obscurité ne se situe jamais au même lieu
Mais les profondeurs du monde humain ne sont pas que visibles
Elles sont aussi cachées
Ces profondeurs cachées sont par exemple les postes de radio, les téléphones, les télévisions, les ordinateurs reliés à internet
Plus les profondeurs sont cachées moins elle ont à se déplacer
Moins elles ont à se déplacer plus elles permettent le déplacement
Elles permettent une jonction entre des points distants sur terre
Des points qui n’auraient jamais pu être reliés autrement que par les combinaisons permises par l’espace mille feuilles du monde
Car aucun animal ne peut se relier à un point de l’espace s’il n’est inscrit déjà sur une ligne de ses déplacements
Car pour l’homme qui n’est pas un animal comme les autres car il ne fréquente pas le même espace que l’animal
Les lignes de ses déplacements ne sont pas forcément toujours inscrites
Elles sont dites alors : librement accomplies
Résultat d’un libre arbitre qui amène que l’homme vit dans le monde alors que l’animal vit sur terre

C’est parce que l’homme crée ses propres déplacements dans le monde
Et que l’homme n’est pas seul mais se subdivise en 6 milliards d’individus
que l’ensemble des mondes possibles
est une expression
qui a véritablement un sens pour l’homme

L’animal n’a pas de monde possible
Car sans monde il bondit du sol
Il a un sol qui est sur terre qui s’étend à l’infini sans qu’il y en ait de limites
Les frontières animales ne sont que des représentations qui ont un sens dans le monde des 6 milliards d’hommes
Les animaux n’ont pas de frontières mais seulement un sol
Qui est sur terre qui s’étend à l’infini sans qu’il y en ait de limites

Pour l’animal la terre n’a pas de limite car il ne se pose pas la question de savoir ce qu’il y a au-delà de son sol
Le rien de l’animal n’anéantit rien il donne
Il donne à l’animal le repos face aux questions
Qui tournent en boucle dans le crâne des 6 milliards d’hommes

Hypothèse n°3 : théorie de l’ensemble#1
Le monde a une histoire qui n’est pas celle de la terre
car il y a aussi des tableaux de classification pour séparer la qualité de la terre de la qualité du monde
ces tableaux permettent de décrire des ères pour la terre, pour le monde ce sont des époques qui se succèdent et viennent permettre les tableaux de classification qui ne sont ni géologiques ni paléontologiques
c’est parce que le monde a une histoire qui n’est pas celle de la terre
que les hommes qui ne sont pas des animaux comme les autres
ont une histoire qui n’est pas celle des animaux

C’est dans l’histoire que les hommes se reconnaissent hommes
Parmi les 6 milliards d’hommes qui peuplent le monde et l’histoire
Avec les 6 milliards d’hommes qui peuplent le monde et l’histoire Qui tournent en boule dans le crâne

L’histoire n’est pas le temps, le temps est la dimension imaginée de l’histoire, son nombre
L’histoire est la mémoire des hommes afin qu’ils puissent se définir en tant qu’homme
L’histoire est constituée de noms, de lieux, de dates, d’événements, de villes abandonnées, de nostalgie, de ressentiments, d’attentions, de commémoraisons, de chronologies, d’Etats, d’invasions, de départs et de retours, de fondations, de royaumes, de nations, de tiers-états, de tiers-monde, de parties imaginaires, de mondes sans fondements, de monuments, de monstres, de routes égarées, d’errances donc, mais aussi d’installations, de terres promises, d’inflations, de conjonctures économiques, d’élections, de révoltes parfois de ce que l’on nomme de révolutions, de tranchées, de guerre froide, de tropiques et de topiques, d’espionnages, de manuels, d’histoires officielles, de dépêches, de récits vrais, de récits romancés, de témoignages, de doutes et de soupçons, d’autoroutes de l’information, de toutes les représentations médiatiques qui ont un pouvoir hégémonique
Car l’histoire est d’abord et surtout ce qui est établi comme vérité du temps de l’homme,
De l’homme qui tourne en boucle les 6 milliards de particuliers qui tournent autour du monde dans le crâne

L’histoire est d’abord et surtout ce qui comme vérité ne donne pas le temps à d’autres histoires
Elle est en ce sen s tyrannique
Car ce n’est pas un homme qui est tyran, c’est sa soumission à la volonté d’histoire
A sa nécessité
A son inexorabilité
A son auto-immunité
A son autorité
Non plus être visage mais portrait

L’histoire est une galerie de portraits qui tracent des lignes
Qui sont des frontières
Qui sont des zones de distinction
Qui sont des plans où les particuliers peuvent communier
Ensembles
Ou
Séparément
Mais toujours face à des icônes ou des idoles
L’histoire est une galerie de portraits qui commencent au début de l’histoire
Par des portraits dessinés approximativement
à même la terre, à même la roche, pour être gravés dans le marbre
Par des descriptions, des doxographies, transmises oralement
L’histoire au commencement se perd sur la terre, luttent pour s’arracher à l’inexorable corrosion du temps de la terre
Car n’oublions pas l’histoire est la dimension où née le monde
La dimension où le monde se tisse et devient homogène
Lisse
A force d’être structuré par des lignes et des frontières de portraits qui se succèdent dan la galerie du temps du monde

L’histoire est une galerie de portraits qui se font de plus en plus précis
A mesure que le monde devient un et non plus multiple
Eparpillé on ne sait où sur la surface toujours plate de la terre
C’est parce que le monde est rond que l’histoire a pu devenir une et alors tourner en rond tout autour du monde qui se boucle en rond dans le crâne

Hypothèse n°4 : translation

Parce que les 6 milliards d’hommes ont une histoire qui n’est pas celle des animaux qui peuplent la terre et bondissent dessus
les 6 milliards d’hommes ne babillent, pas n’aboient pas, ne hululent pas, ne beuglent pas, ne miaulent pas, ne jactent pas,
mais parlent car la parole est l’outil de la création de l’histoire de l’homme et du monde
et rampent

Parce que les 6 milliards d’hommes ont la parole qui se construit sur le langage
ils ne sont ni animaux ni végétaux ni minéraux
ni quoi que ce soit d’autres
mais des êtres parlants qui représentent leur présence dans le monde de la parole
qui est un monde du crâne
qui est un monde qui entre en correspondance avec le monde dans lequel ils s’agitent en rampant ne sachant pas bondir
car seul
seul l’animal comme les autres bondit sur la terre

La parole def.1 = c’est un compte-pour-un qui tient dans ses limites irréelles le multiple des paroles
La parole def.2 = une ondulation, un souffle qui traverse l’espace et que l’on pourrait croire linéaire alors que la parole est une onde qui est une nappe sonore qui s’étend dans tous les sens à la fois
C’est pour cela que lorsqu’un homme parle à un autre homme, un troisième homme qui serait placé dans le dos du locuteur pourrait entendre ce qu’il dit
La parole def.3 = ce qui succède au silence alors que le silence parle aussi mais sans parole
Le silence est la dimension des histoires sans paroles, c-à-d c’est la dimension de la présence

C’est pour cela que la parole est la dimension des représentations

Lorsqu’il y a du silence, il est plus difficile qu’il y ait une histoire qui s’inscrive
Le silence même parfois ne laisse pas de traces
Comme si sciemment on avait voulu oublier
Ou
Effacer

Ce sont les forfaits qui sont souvent passés sous silence
Et pourtant dès qu’ils sont sus ils font parler
C’est pour cela qu’on les tait que celui qui les commet se tient dans le désire qu’ils soient terrés dans le silence

Le silence est une profondeur qui hante l’histoire mais que la parole vient à chaque fois recouvrir
Le silence n’est autre que ce qui ne se dit pas
Ou bien encore
Se dit dans la contradiction de son souffle
La parole de l’homme ne sait se taire
Sans jamais se tarir l’homme parle alors que les animaux comme les autres
Se tapissent dans les ombrages de la terre n’apparaissent à la lumière du monde
Silencieux sont immobiles ne pouvant parler et accueillir le monde

La parole permet de relier une chose à une autre chose qui est dans le crâne et que l’on appelle un mot
La parole est le lieu de la rencontre du monde et de la terre
Le lieu alors de la possibilité d’un monde qui est le résultat de ces fiançailles