{"id":884,"date":"2022-04-05T05:08:24","date_gmt":"2022-04-05T04:08:24","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=884"},"modified":"2022-04-07T08:12:13","modified_gmt":"2022-04-07T07:12:13","slug":"esthetique-de-la-ruine-et-ia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=884","title":{"rendered":"Esth\u00c3\u00a9tique de la ruine et IA"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/wp-content\/uploads\/image\/time_09(0)_0010.jpg\" alt=\"\" width=\"1000\" height=\"600\" align=\"middle\" \/><\/p>\n<p>Depuis quelques ann&eacute;es, mon travail est hant&eacute; par la destruction et la trace. Celle de l&rsquo;humanit&eacute;. Les paysages que je cr&eacute;e num&eacute;riquement (installations programm&eacute;es, photographies num&eacute;riques) sous le nom g&eacute;n&eacute;rique de paysage de la catastrophe, se r&eacute;pandent en &eacute;tendues d&eacute;sol&eacute;es, en lieu de ruines, d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;homme a disparu. Paysages qui ne se donnent plus du point de vue de l&#8217;unit&eacute; perceptive de l&#8217;homme contemplant la nature, mais comme espace non-humain, &eacute;chapp&eacute; de sa perception.  Mes derni&egrave;res s&eacute;ries r&eacute;alis&eacute;es par intelligence artificielle (IA)<a href=\"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=880\"> Our Wealth<\/a> (2022), Materiality&rsquo;s Virtuality (2021) Disaster Landscape (2021), et d&rsquo;autres encore, poursuivent cet horizon.<\/p>\n<p>La ruine n&rsquo;est pas nouvelle en art, elle en est &agrave; la fois un motif esth&eacute;tique et une possibilit&eacute; miroir pour l&rsquo;homme lui-m&ecirc;me, pour son sens.  D&egrave;s la Renaissance elle vient d&eacute;finir une forme esth&eacute;tique par exemple chez Mantegna.<br \/>\nMais c&rsquo;est avec le XVIII&egrave;me si&egrave;cle que la ruine et notamment Piran&egrave;se et Hubert Robert, que se constitue une esth&eacute;tique de la ruine, qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus en arri&egrave;re plan, support, mais devient le premier plan du tableau, son motif central, qu&#8217;elle correspond &agrave; une mise en abyme de l&#8217;humanit&eacute; de son temps, de son histoire.<\/p>\n<p>La ruine hante l&rsquo;art car elle fait apparaitre tout &agrave; la fois la destruction et sa trace. Elle se donne comme t&eacute;moignage de ce qui a eu lieu et qui n&rsquo;est plus. La ruine est une restance. Elle est en ce sens l&rsquo;indice d&rsquo;un pass&eacute; qui insiste dans le temps. Par la ruine, il y a en quelque sorte un refus du silence, de l&rsquo;irrepr&eacute;sentable. La trace est la marque que l&rsquo;art est lieu de la repr&eacute;sentation, de ce qui aurait disparu, un refus de l&rsquo;effacement.<\/p>\n<p>La ruine peut se donner comme l&#8217;effondrement du pr&eacute;sent : Ludwig Meidner, et ses paysages de l&rsquo;apocalypse peints entre 1913 et 1915. La douleur de la guerre n&rsquo;implose pas, mais donne lieu &agrave; la repr&eacute;sentation expressionniste.<\/p>\n<p>L&rsquo;esth&eacute;tique de la ruine cependant avec la fin du XX&egrave;me si&egrave;cle n&rsquo;est plus venue marqu&eacute;e un moment de destruction : mais bien plus une forme d&rsquo;&eacute;puisement du monde et de sa logique tel qu&rsquo;il fonctionne, <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/etudfr\/2020-v56-n1-etudfr05324\/1069797ar\/\">le monde comme espace de ruine<\/a>. Si Hubert Robert d&eacute;passait la simple esth&eacute;tique de la ruine en repr&eacute;sentant le Louvre et sa grande galerie en ruine, ceci afin de montrer la fin d&rsquo;un temps : la fragilit&eacute; de ce qui se donnait symboliquement par l&rsquo;architecture, Cyprien Gaillard au d&eacute;but du XXI&egrave;me si&egrave;cle pose de m&ecirc;me la finitude de la modernit&eacute; du XX&egrave;me si&egrave;cle &agrave; travers une cr&eacute;ation qui porte sur la ruine. Que cela soit les gravures de <em>Belief in  The Age of Disbelief<\/em> (2003),  <em>Swiss Ruins<\/em> (2005) ou de <em>Geographical Analogies<\/em>.<\/p>\n<p>Toutefois, mon travail, s&rsquo;il est habit&eacute; par cette esth&eacute;tique, par ce qu&rsquo;elle v&eacute;hicule quant &agrave; la question de la trace, il envisage la ruine non pas du point de vue du pr&eacute;sent mais du futur. Ce ne sont pas les ruines environnantes et les traces du pass&eacute; que je tente de repr&eacute;senter, mais notre pr&eacute;sent comme ruine d&#8217;un avenir in&eacute;luctable.&nbsp; <br \/>\nMais se pose la question de celui qui observe. Que cela soit dans les oeuvres cit&eacute;es, ou bien dans les films post-apocalyptiques (de loin le lieu o&ugrave; la ruine future est le plus pr&eacute;sente), la repr&eacute;sentation est toujours li&eacute;e &agrave; la persistance de la conscience humaine. La destruction de l&rsquo;homme, ne r&eacute;ussit jamais &agrave; s&rsquo;affranchir du dernier t&eacute;moin. Le cin&eacute;ma notamment ne parvient jamais &agrave; poser la radicalit&eacute; de la finitude humaine. Les d&eacute;combres sont toujours le lieu d&rsquo;une humanit&eacute; restante et dans sa possible r&eacute;silience et d&rsquo;une conscience qui est l&agrave; pour &ecirc;tre t&eacute;moin. Pour ma part, mes cr&eacute;ations sur la post-humanit&eacute; s&#8217;affrontent &agrave; la radicalit&eacute; de l&#8217;effacement de l&#8217;humain, &agrave; sa disparition, et del&agrave; se confronte &agrave; la possibilit&eacute; d&#8217;un regard extra-humain comme constitutif de la perception.<\/p>\n<p>En 2015, dans la premi&egrave;re version de<em> <a href=\"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=571\">Paysage de la catastrophe<\/a><\/em>, j&rsquo;indiquais que le paysage &eacute;tait g&eacute;n&eacute;r&eacute; par un algorithme, une forme d&rsquo;intelligence artificielle qui en analysant les hashtags sur Fukushima, g&eacute;n&eacute;rait des reliefs, le paysage.&nbsp;Parall&egrave;lement, un deuxi&egrave;me algorithme tentait de refaire un r&eacute;cit de cette catastrophe &agrave; partir de millions de twits. Le d&eacute;placement&nbsp; se faisait selon une automatisation. Il &eacute;tait important de souligner cette disjonction entre une intention humaine et un observateur extra-humain.<\/p>\n<p>Cette disjonction entre l&rsquo;homme et la possibilit&eacute; de la perception est dans l&rsquo;horizon de ce qu&rsquo;a revendiqu&eacute; Vertov dans le manifeste Kinok : l&rsquo;automatisation du <em>kinoglaz<\/em>. Un oeil de la cam&eacute;ra qui s&rsquo;&eacute;manciperait en tant que voir, en tant que perception, de la sensibilit&eacute; humaine. Ce qui chez Vertov  aboutit &agrave; cette sc&egrave;ne finale fantastique : une cam&eacute;ra autonome. En 2015 : c&rsquo;est ce que je poursuivais : constituer un t&eacute;moin de la fin de l&rsquo;homme, qui ne tiendrait plus &agrave; la persistance de l&rsquo;homme, mais qui serait une perception extra-humaine, ob&eacute;issant &agrave; sa propre logique.<\/p>\n<p>La ruine si j&rsquo;essaie de la penser &agrave; partir du futur, et donc d&rsquo;une arch&eacute;ologie d&rsquo;un avenir o&ugrave; l&rsquo;homme ne serait plus, je tente de constituer la g&eacute;n&eacute;ration de l&rsquo;image par IA comme cette possibilit&eacute; d&rsquo;un voir anticipant, comme la constitution d&rsquo;une perception qui n&rsquo;est plus humaine. L&#8217;IA&nbsp;n&#8217;est pas d&#8217;abord un outil, mais la pr&eacute;sence d&#8217;une imagination artificielle et technique et d&#8217;une forme de repr&eacute;sentation d&eacute;ctach&eacute;e de l&#8217;homme et qui pourrait lui succ&eacute;der. Je la pense d&#8217;abord et avant tout ontologiquement comme pr&eacute;sence et pas selon sa r&eacute;duction instrumentale. L&rsquo;IA construirait ces visions du futur (la ruine) &agrave; partir de la mat&eacute;rialit&eacute; qui lui est donn&eacute;e (les stocks d&#8217;images) et de sa logique. Ainsi, nos images qui lui sont donn&eacute;es et qui constituent son dataset seraient en quelque sort les d&eacute;combres, lui permettant tout &agrave; la fois esth&eacute;tique et logiquement de produire l&#8217;image de la ruine future.<\/p>\n<p>Une partie de mes images repose sur des &eacute;nonc&eacute;s que je ne d&eacute;cide pas initialement. Une premi&egrave;re IA travaille sur des ensembles d&rsquo;articles d&rsquo;actualit&eacute;s portant sur l&#8217;anthropoc&egrave;ne, la crise &eacute;cologique etc. et de l&agrave; g&eacute;n&egrave;re des &eacute;nonc&eacute;s, que l&#8217;on pourrait estimer pr&eacute;dictif : des descriptions d&#8217;un futur possible, potentiel, probable&#8230; Ces &eacute;nonc&eacute;s sont ensuite utilis&eacute;s par d&rsquo;autres IA pour g&eacute;n&eacute;rer des images (chaque image est issue de plusieurs processus de g&eacute;n&eacute;ration). En quelque sorte, ces cr&eacute;ations correspondent &agrave; ce que peut souligner Pierre Huyghe &agrave; propos de ses derni&egrave;res cr&eacute;ations en 2018 :  &laquo;&nbsp;Quand ce qui est fait n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement d&ucirc; &agrave; l&rsquo;artiste en tant qu&rsquo;op&eacute;rateur unique, le seul &agrave; g&eacute;n&eacute;rer des intentions et que c&rsquo;est plut&ocirc;t un ensemble d&rsquo;intelligences, d&rsquo;entit&eacute;s biotiques ou abiotiques, hors de port&eacute;e humaine, et que la situation pr&eacute;sente n&rsquo;a pas de dur&eacute;e, ne s&rsquo;adresse &agrave; personne, est indiff&eacute;rente, &agrave; ce moment-l&agrave;, peut-&ecirc;tre que le rituel de l&rsquo;exposition peut s&rsquo;auto-pr&eacute;senter&nbsp;&raquo;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann&eacute;es, mon travail est hant&eacute; par la destruction et la trace. Celle de l&rsquo;humanit&eacute;. 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