{"id":86,"date":"2003-08-24T12:20:27","date_gmt":"2003-08-24T11:20:27","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=86"},"modified":"2007-02-06T10:04:31","modified_gmt":"2007-02-06T09:04:31","slug":"article-a-propos-de-mon-binome-de-charles-pennequin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=86","title":{"rendered":"[article] \u00c3\u00a0 propos de Mon bin\u00c3\u00b4me de Charles Pennequin"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>[article publi\u00c3\u00a9 sur <a title=\"[voir +]\" href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-admin\/post.php?action=edit&#038;post=194\">Libr-critique.com<\/a>]<br \/>\nMon bin\u00c3\u00b4me<\/strong><\/em>, de Charles Pennequin, s\u00e2\u20ac\u2122il poursuit l\u00e2\u20ac\u2122exploration d\u00e2\u20ac\u2122un d\u00c3\u00a9soeuvrement profond de soi en soi \u00c3\u00a0 partir de la critique du sujet humain occidental p\u00c3\u00a9tri par des structures qui le phagocytent, c\u00e2\u20ac\u2122est que d\u00e2\u20ac\u2122abord et avant tout, il d\u00c3\u00a9veloppe dans une radicalit\u00c3\u00a9 qu\u00e2\u20ac\u2122il n\u00e2\u20ac\u2122avait pas encore atteint, la question de la constitution de soi \u00c3\u00a0 partir d\u00e2\u20ac\u2122une schizophr\u00c3\u00a9nie fondamentale, au sens o\u00c3\u00b9 &#8211; comme je vais le montrer &#8211; elle serait \u00c3\u00a9tablie ontologiquement comme condition m\u00c3\u00aame de notre surgissement de conscience de soi au sein du monde.  <strong><em \/><\/strong><\/p>\n<p><em> <\/em><em><strong><em>Br\u00c3\u00a8ves pr\u00c3\u00a9cisions sur un cas de schizophr\u00c3\u00a9nie<\/em><\/strong><\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em>La philosophie traditionnellement, disons, pour faire court, de Platon \u00c3\u00a0 Heidegger, si on y pr\u00c3\u00aate attention, semble faire une &#8220;hantologie&#8221; de la conscience. A savoir, elle para\u00c3\u00aet \u00c3\u00a9noncer la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de la question de la conscience souvent sous la forme du fant\u00c3\u00b4me de ce qui vient hanter, de ce qui appelle, interpelle, interdit, nous remet en cause, nous intime du dedans \u00c3\u00a0 changer de cap. En effet, d\u00c3\u00a8s Platon, tout appara\u00c3\u00aet d\u00c3\u00a9termin\u00c3\u00a9, le chemin d\u00e2\u20ac\u2122une v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de soi, ne na\u00c3\u00aet pas de soi-m\u00c3\u00aame, de notre conscience imm\u00c3\u00a9diate, mais surgit comme Platon l\u00e2\u20ac\u2122a d\u00c3\u00a9velopp\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 partir du personnage conceptuel de Socrate, selon l\u00e2\u20ac\u2122effraction au-dedans de soi de ce qu\u00e2\u20ac\u2122il nomme le signe d\u00c3\u00a9monique, ou encore le d\u00c3\u00a9mon familier.  Cette interpellation sera analys\u00c3\u00a9e jusqu\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a0 Heidegger, dans son analytique existentiale du Dasein, o\u00c3\u00b9 il montrera reprenant la question de la conscience morale, en quel sens la partie inauthentique du Dasein, de cet \u00c3\u00aatre-l\u00c3\u00a0 qu\u00e2\u20ac\u2122est l\u00e2\u20ac\u2122homme, est hant\u00c3\u00a9e et appel\u00c3\u00a9e par le sein authentique. Etrange tournure qu\u00e2\u20ac\u2122a prise la philosophie, et que l\u00e2\u20ac\u2122on pourrait v\u00c3\u00a9ritablement pointer comme crise schizophr\u00c3\u00a9nique de la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 de soi. Car derri\u00c3\u00a8re cela, derri\u00c3\u00a8re toutes les figures philosophiques qui reprennent cette typologie (Augustin, Thomas d\u00e2\u20ac\u2122Aquin, Descartes, Kant, etc&#8230;) ce qui appara\u00c3\u00aet fondamentalement, ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas tant la certitude de notre \u00c3\u00aatre authentique que le fait de devoir assumer en nous-m\u00c3\u00aames une schiz, une schiz qui n\u00e2\u20ac\u2122est pas ici pathologique, autrement dit d\u00c3\u00a9termin\u00c3\u00a9e seulement selon des conditions empiriques et individuelles op\u00c3\u00a9rant sur notre structure psychique, mais une schiz ontologique, le fait que l\u00e2\u20ac\u2122homme est homme, en tant qu\u00e2\u20ac\u2122il a la capacit\u00c3\u00a9 schizophr\u00c3\u00a9nique de se mettre \u00c3\u00a0 distance de lui-m\u00c3\u00aame en lui-m\u00c3\u00aame et, d\u00c3\u00a8s lors, de se tutoyer afin de pouvoir se d\u00c3\u00a9finir.  L\u00e2\u20ac\u2122analyse kantienne du devoir et de son interpellation imp\u00c3\u00a9rative par la forme du tutoiement est ici une de figures paradigmatiques de ce rapport \u00c3\u00a0 soi. Toutefois, si la philosophie, a bien pos\u00c3\u00a9 cette obsession de l\u00e2\u20ac\u2122autre-soi en soi, reste qu\u00e2\u20ac\u2122elle n\u00e2\u20ac\u2122interroge que tr\u00c3\u00a8s peu cette figure, l\u00e2\u20ac\u2122ayant laiss\u00c3\u00a9 interpr\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9e durablement au XX\u00c3\u00a8me si\u00c3\u00a8cle par la psychanalyse, notamment freudienne, qui pose qu\u00e2\u20ac\u2122il y a en nous une autre instance, \u00c3\u00a7a, instance de la lettre (Lacan) qui articule, audiblement ou d\u00e2\u20ac\u2122une mani\u00c3\u00a8re inou\u00c3\u00afe, une autre pens\u00c3\u00a9e que celle qui para\u00c3\u00aet issue de notre propre effort de r\u00c3\u00a9flexion. Et pourtant, c\u00e2\u20ac\u2122est bien cette question qu\u00e2\u20ac\u2122il faudrait poursuivre, de savoir, comment se d\u00c3\u00a9termine en nous cette schiz ontologique, quelle en est la mat\u00c3\u00a9rialit\u00c3\u00a9 intentionnelle ou bien encore linguistique ?<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em><strong><em>De la disjonction en soi de soi chez les \u00c3\u00a9crivains contemporains<\/em><\/strong><\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em>L\u00e2\u20ac\u2122une des premi\u00c3\u00a8res voies \u00c3\u00a0 interroger v\u00c3\u00a9ritablement cette schiz ontologique et \u00c3\u00a0 la mettre en question quant \u00c3\u00a0 ses formulations n\u00e2\u20ac\u2122est autre que celle ouverte par Nietzsche, qui sait qu\u00e2\u20ac\u2122il faut \u00c2\u00ab traverser de sa main les fant\u00c3\u00b4mes qui viennent nous hanter \u00c2\u00bb (<strong><em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em><\/strong>). Autre voi(e\/x) au sens o\u00c3\u00b9 s\u00e2\u20ac\u2122il ne rompt pas avec cette schiz, et m\u00c3\u00aame en exp\u00c3\u00a9rimente les ab\u00c3\u00aemes et les circonvolutions psychopathologiques (cf. la schizophr\u00c3\u00a9nie qui s\u00e2\u20ac\u2122amplifie dans ses derniers textes), il la d\u00c3\u00a9place, il montre : 1) que celle-ci ne renvoie pas sp\u00c3\u00a9cifiquement \u00c3\u00a0 la morale, mais bien plus que ce qui s\u00e2\u20ac\u2122exprime en nous et qui trouve acc\u00c3\u00a8s \u00c3\u00a0 certaines formes d\u00e2\u20ac\u2122articulation est d\u00e2\u20ac\u2122abord et avant tout la vie se donnant dans le flux intensif de la volont\u00c3\u00a9 de puissance, 2) que l\u00e2\u20ac\u2122intentionnalit\u00c3\u00a9 de ce flux loin, de ne renvoyer qu\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a0 la moralit\u00c3\u00a9 et \u00c3\u00a0 une authenticit\u00c3\u00a9 purement intelligible &#8211; ce qui n\u00e2\u20ac\u2122est qu\u00e2\u20ac\u2122un des cas possibles de la vie -, peut se d\u00c3\u00a9terminer selon d\u00e2\u20ac\u2122autres formes intentionnelles, ce qui avait \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 pressenti auparavant par l\u00e2\u20ac\u2122un des premiers penseurs de la part maudite : Sade.  Cette question de l\u00e2\u20ac\u2122autre en soi, si elle est ainsi peu approfondie en tant que telle, aussi bien par la philosophie &#8211; trop obs\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9e par une v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 essentielle &#8211; que par la psychanalyse, qui \u00c3\u00a9tablit sans doute trop la schiz sur des caract\u00c3\u00a8res empirico-psycho-pathologiques issus du seul sujet particulier, est pourtant explor\u00c3\u00a9e par une voie qui n\u00e2\u20ac\u2122est plus celle de la th\u00c3\u00a9orie, mais celle de la litt\u00c3\u00a9rature, de la litt\u00c3\u00a9rature d\u00e2\u20ac\u2122avant-garde, notamment avec la modernit\u00c3\u00a9 po\u00c3\u00a9tique. On pourrait partir de Rimbaud (\u00c2\u00ab je est un autre \u00c2\u00bb) ou d\u00e2\u20ac\u2122Artaud pour comprendre certaines pistes d\u00e2\u20ac\u2122approfondissement de cette schiz , mais le cas qui nous int\u00c3\u00a9resse ici, c\u00e2\u20ac\u2122est celui d\u00c3\u00a9velopp\u00c3\u00a9 dans la perspective de Mon bin\u00c3\u00b4me de Charles Pennequin, en tant qu\u00e2\u20ac\u2122il peut dire que \u00c2\u00ab l\u00e2\u20ac\u2122action humaine c\u00e2\u20ac\u2122est son \u00c3\u00a9criture, sa seule r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9, on est confront\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 elle, elle nous travaille \u00c2\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em><strong><em>La schiz ontologique chez Pennequin : le flux<\/em><\/strong><\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em><em><strong>Mon bin\u00c3\u00b4me<\/strong><\/em> de Pennequin semble en effet approfondir et d\u00c3\u00a9voiler la schiz ontologique du sujet humain dans l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9criture, celle-ci devenant l\u00e2\u20ac\u2122echo-somato-graphie de ce qui est appel\u00c3\u00a9e par la philosophie conscience de soi. Cette radicalisation du d\u00c3\u00a9doublement se constitue tout d\u00e2\u20ac\u2122abord selon l\u00e2\u20ac\u2122intensit\u00c3\u00a9 du texte, son flux, ininterrompu. Alors que dans <em><strong>Bibi<\/strong><\/em> (POL), ou dans <em><strong>Dedans<\/strong><\/em> (Al Dante), ce qui constitue son langage, ce sont des micro-phrases qui soit se juxtaposent sans liaison logique ou grammaticale, soit selon des encha\u00c3\u00aenements logico-linguistiques hypertrophi\u00c3\u00a9s (ce qui renvoie certainement au travaille de tisserand de Beckett ou de Stein), dans Mon bin\u00c3\u00b4me, la phrase est totale, elle est d\u00e2\u20ac\u2122une seule traite, sans interruption, elle se poursuit du commencement jusqu\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a0 la fin, sans d\u00c3\u00a9buter par une majuscule ni s\u00e2\u20ac\u2122arr\u00c3\u00aater \u00c3\u00a0 un point. Fragment d\u00e2\u20ac\u2122un flux qui avait toujours d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 commenc\u00c3\u00a9, et qui par l\u00c3\u00a0-m\u00c3\u00aame se poursuit au-del\u00c3\u00a0 de l\u00e2\u20ac\u2122horizon fix\u00c3\u00a9 par le livre, comme si la virgule finale ne faisait que signer une ouverture.  Insister sur cette question du flux, \u00c3\u00a0 partir de la question pos\u00c3\u00a9e, est n\u00c3\u00a9cessaire, au sens, o\u00c3\u00b9 le d\u00c3\u00a9doublement de soi en soi, justement n\u00e2\u20ac\u2122ob\u00c3\u00a9it pas \u00c3\u00a0 un partage strict en soi de deux instances. Une telle hypoth\u00c3\u00a8se, du d\u00c3\u00a9doublement strict et d\u00c3\u00a9limit\u00c3\u00a9, hypoth\u00c3\u00a8se propre \u00c3\u00a0 la psychanalyse, a imm\u00c3\u00a9diatement le tort de poser la conscience face \u00c3\u00a0 une instance qui serait \u00c3\u00a9trang\u00c3\u00a8re, ou bien h\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9rog\u00c3\u00a8ne \u00c3\u00a0 la conscience r\u00c3\u00a9flexive, d\u00c3\u00a9limit\u00c3\u00a9e en tant que destinateur de sens. Ce qui pouvait encore \u00c3\u00aatre le cas dans les textes pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9dents de Pennequin, o\u00c3\u00b9 la variation des sujets se trouvait indiqu\u00c3\u00a9e selon le rythme de l\u00e2\u20ac\u2122encha\u00c3\u00aenement des phrases. Or ici, n\u00e2\u20ac\u2122accomplissant plus aucune d\u00c3\u00a9marcation grammaticale des instances qui s\u00e2\u20ac\u2122expriment, Pennequin rend flou, poreux, les rapports entre ces diff\u00c3\u00a9rentes origines de la parole.  Pris dans le sens du flux, par les passages rapides entre les diff\u00c3\u00a9rents Je qui s\u00e2\u20ac\u2122adressent les uns aux autres, sont-ils m\u00c3\u00aame v\u00c3\u00a9ritablement 2 ?, 3 ?, 4 ?, nous ne pouvons plus discerner par moment quel serait celui qui repr\u00c3\u00a9senterait la conscience de soi immanente au sujet et par un autre moment l\u00e2\u20ac\u2122instance d\u00e2\u20ac\u2122interpellation. La question du flux est ici essentielle, car elle est celle du temps et de la composition de l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00aatre dans celui-ci. Pennequin, dans ce texte, explicite un peu plus qu\u00e2\u20ac\u2122auparavant ce qui a lieu avec le temps, temps qui n\u00e2\u20ac\u2122est d\u00e2\u20ac\u2122aucune mani\u00c3\u00a8re objectif ou temps du monde, mais temps de soi, qui se situe \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122int\u00c3\u00a9rieur de nos propres \u00c3\u00aatres. C\u00e2\u20ac\u2122est ainsi, que si la mort reste \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122oeuvre dans ce nouveau livre, comme cette absence qui ronge du dedans notre \u00c3\u00aatre, cette mort est issue du travail de putrefaction inh\u00c3\u00a9rent au temps : \u00c2\u00ab , qu\u00e2\u20ac\u2122est-ce qui travaille \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122int\u00c3\u00a9rieur, qu\u00e2\u20ac\u2122est-ce qui peut autant me travailler, peut autant me donner du travail, qu\u00e2\u20ac\u2122est-ce qui vient pourrir \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122int\u00c3\u00a9rieur, c\u00e2\u20ac\u2122est l\u00e2\u20ac\u2122int\u00c3\u00a9rieur du temps, \u00c2\u00bb Le flux est celui du temps, et le temps est un travail de composition de la d\u00c3\u00a9composition. Autrement dit au niveau du langage, toute forme d\u00e2\u20ac\u2122articulation est la formulation de la d\u00c3\u00a9-formation, de la dis-jonction en soi. Parler n\u00e2\u20ac\u2122est pas assembler mais montrer du d\u00c3\u00a9sassembl\u00c3\u00a9, du fragment\u00c3\u00a9, et seul le flux dans la radicalit\u00c3\u00a9 de ses \u00c3\u00a9cartements, de ses phases h\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9rog\u00c3\u00a8nes parvient \u00c3\u00a0 formuler cette d\u00c3\u00a9structuration de soi par la pens\u00c3\u00a9e et le langage.  La force de ce flux appara\u00c3\u00aet ainsi comme la possibilit\u00c3\u00a9 de m\u00c3\u00aaler en un seul agr\u00c3\u00a9gat la provenance des ph(r)ases de pens\u00c3\u00a9e. Lorsque l\u00e2\u20ac\u2122auteur utilisait des points, par le marqueur syntaxique, pouvaient \u00c3\u00aatre pos\u00c3\u00a9es en \u00c3\u00a9cart les diff\u00c3\u00a9rentes s\u00c3\u00a9quences linguistiques, et localiser leur provenance (\u00c3\u00a9nonc\u00c3\u00a9 d\u00e2\u20ac\u2122une s\u00c3\u00a9rie t\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9vis\u00c3\u00a9e, adage populaire, paroles propres,&#8230; etc.). A partir du moment o\u00c3\u00b9 Pennequin s\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9vertue \u00c3\u00a0 ne plus abstraire syntaxiquement les s\u00c3\u00a9ries de phrases les unes des autres, nous ne pouvons \u00c3\u00aatre pris que dans une sorte de porosit\u00c3\u00a9 g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ralis\u00c3\u00a9e de tous les \u00c3\u00a9nonc\u00c3\u00a9s, qui les am\u00c3\u00a8nent \u00c3\u00a0 n\u00e2\u20ac\u2122appartenir plus qu\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a0 une seule source, \u00c3\u00a0 \u00c3\u00aatre le r\u00c3\u00a9sultat intensif d\u00e2\u20ac\u2122un seul flux de pens\u00c3\u00a9e, mais divis\u00c3\u00a9 en instances en lui-m\u00c3\u00aame. La pr\u00c3\u00a9sence d\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ments import\u00c3\u00a9s n\u00e2\u20ac\u2122est pas ainsi moins pr\u00c3\u00a9gnante dans <strong><em>Mon bin\u00c3\u00b4me<\/em><\/strong>, mais elle est davantage situ\u00c3\u00a9e dans l\u00e2\u20ac\u2122immanence de la pens\u00c3\u00a9e monologu\u00c3\u00a9e. En ce sens, ce qu\u00e2\u20ac\u2122affirme d\u00e2\u20ac\u2122autant plus ici Pennequin, c\u00e2\u20ac\u2122est \u00c3\u00a0 quel point notre h\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9rog\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9it\u00c3\u00a9 int\u00c3\u00a9rieure ne provient pas seulement de la projection\/imposition de pens\u00c3\u00a9es qui seraient ext\u00c3\u00a9rieures et identifiables en tant que telles, mais d\u00e2\u20ac\u2122une assimilation effa\u00c3\u00a7ante de ces bribes, au point que nous nous d\u00c3\u00a9terminions par nous-m\u00c3\u00aames selon ces mat\u00c3\u00a9riaux.  Gr\u00c3\u00a2ce au flux, Pennequin constitue davantage ainsi le fait que le propre ne soit que de l\u00e2\u20ac\u2122impropre, ne soit constitu\u00c3\u00a9 que par cet impropre que nous croyons notre propre. Mais reste \u00c3\u00a0 comprendre pourquoi, ces divisions du sujet en lui-m\u00c3\u00aame ne renvoient pas \u00c3\u00a0 la psychanalyse, mais essentiellement \u00c3\u00a0 la schiz fondamentale de l\u00e2\u20ac\u2122homme, en tant qu\u00e2\u20ac\u2122il est homme ? En effet, comme cela a pu \u00c3\u00aatre remarqu\u00c3\u00a9, il me semble un peu trop caricaturalement par certains critiques, on retrouve ici une nouvelle fois les th\u00c3\u00a8mes du p\u00c3\u00a8re qui hante au-dedans la conscience, mais aussi la constante d\u00e2\u20ac\u2122une interrogation sur le d\u00c3\u00a9sir, l\u00e2\u20ac\u2122amour et son rapport \u00c3\u00a0 la sexualit\u00c3\u00a9, \u00c2\u00ab la bite \u00c2\u00bb. Mai c\u00e2\u20ac\u2122est se tenir en porte-\u00c3\u00a0-faux que de r\u00c3\u00a9duire la prosodie de Pennequin dans les limites de questions psychanalytiques.<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em><em><strong>L\u00e2\u20ac\u2122interpellation de la schiz ontologique : variation des motifs<\/strong><\/em><\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em>Que cela soit la philosophie ou bien la psychanalyse, \u00c3\u00a0 chaque fois, leur analyse tend \u00c3\u00a0 se polariser sur des d\u00c3\u00a9terminations pr\u00c3\u00a9cises. La philosophie focalise la schiz en rapport avec la morale et son appel, voire la voix de Dieu comme chez Augustin. La psychanalyse, comme la justifiait Freud, par exemple dans Une difficult\u00c3\u00a9 de psychanalyse, polarise la schiz en rapport avec la pulsion sexuelle (\u00c3\u00a7a, l\u00e2\u20ac\u2122inconscient profond, la libido, etc&#8230;). La force du flux que nous propose Pennequin, c\u00e2\u20ac\u2122est qu\u00e2\u20ac\u2122il ne d\u00c3\u00a9veloppe pas un discours privil\u00c3\u00a9gi\u00c3\u00a9 en tant que tel. Bien au contraire, non seulement comme je l\u00e2\u20ac\u2122ai dit, il efface peu \u00c3\u00a0 peu la d\u00c3\u00a9limitation et la position pr\u00c3\u00a9cise des voix, mais en plus, il va faire varier les motifs d\u00e2\u20ac\u2122adresse, les contenus de discours. Et c\u00e2\u20ac\u2122est \u00c3\u00a0 travers cette variation des motifs de distance en soi de soi, que peut \u00c3\u00aatre pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9e la radicalit\u00c3\u00a9 de la schiz ontologique.  En effet, en balayant un large champ de division en soi (l\u00e2\u20ac\u2122autre, on, toi, je, la t\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9vision, le lieutenant, elle, papa, etc&#8230;), ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas tant \u00c3\u00a0 des cas pr\u00c3\u00a9cis qu\u00e2\u20ac\u2122il renvoie, mais \u00c3\u00a0 un ensemble d\u00e2\u20ac\u2122op\u00c3\u00a9rations de r\u00c3\u00a9flexivit\u00c3\u00a9 schizo\u00c3\u00afde qui font partie int\u00c3\u00a9grante de notre appareil psychique. C\u00e2\u20ac\u2122est pourquoi, comme je vais tenter de l\u00e2\u20ac\u2122expliquer, ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas seulement un cas psychopathologique que nous observons, ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas une petite histoire \u00c3\u00a0 la mode subjectivo-occidentale genre Christine Angot ou un dernier avatar genre les petites n\u00c3\u00a9vroses sentimentales \u00c3\u00a0 la Justine L\u00c3\u00a9vy. Si on ne consid\u00c3\u00a8re que certaines possibilit\u00c3\u00a9s d\u00e2\u20ac\u2122adresse r\u00c3\u00a9flexive \u00c3\u00a0 soi, alors on d\u00c3\u00a9termine seulement certaines d\u00c3\u00a9terminations de cette schizophr\u00c3\u00a9nie. On \u00c3\u00a9tudie certaines de ses polarisations. La voix de la raison, comme le mentionna Nietzsche n\u00e2\u20ac\u2122est qu\u00e2\u20ac\u2122une petite part de notre grande raison (la vie\/corps). De m\u00c3\u00aame que la voix de la pulsion au sens de Freud n\u00e2\u20ac\u2122est qu\u00e2\u20ac\u2122une petite part, ou encore celle du surmoi en tant qu\u00e2\u20ac\u2122elle est aussi une instance d\u00c3\u00a9terminante en nous. Pennequin, pour sa part, multiplie les diff\u00c3\u00a9rents types d\u00e2\u20ac\u2122adresse.  Tour \u00c3\u00a0 tour r\u00c3\u00a9probatrice, interrogative, constative\/descriptive, p\u00c3\u00a9nitente, performative, rectificatrice, etc, et ceci en les reliant \u00c3\u00a0 une multiplicit\u00c3\u00a9 d\u00e2\u20ac\u2122instances \u00c3\u00a9nonciatrices. Il les multiplie sans jamais donner \u00c3\u00a0 une seule adresse une priorit\u00c3\u00a9, ou bien en discriminer certaines par rapport \u00c3\u00a0 d\u00e2\u20ac\u2122autres. Non, tout au contraire, nous sommes pris selon le flux, dans une variation sans hi\u00c3\u00a9rarchie des possibilit\u00c3\u00a9s de reprise de soi par soi, dans une sorte de dialogue sans interlocuteurs pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9s, qui surgissent selon aucune logique d\u00c3\u00a9termin\u00c3\u00a9e du surgissement. Ceci lui permet de poser que c\u00e2\u20ac\u2122est au c\u00c5\u201cur de ces \u00c3\u00a9changes int\u00c3\u00a9rieurs multiples que se pose la question m\u00c3\u00aame de savoir ce que l\u00e2\u20ac\u2122on est, qui l\u00e2\u20ac\u2122on est. Pennequin l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9nonce, le \u00c2\u00ab je \u00c2\u00bb est ce rien qui accueille les paroles ext\u00c3\u00a9rieures dans sa bouche comme les siennes propres : \u00c2\u00ab c\u00e2\u20ac\u2122est moi mon lieu, mon centre, le lieu et au bout rien, au bout du lieu du centre, le centre de moi, c\u00e2\u20ac\u2122est moi au lieu de rien, c\u00e2\u20ac\u2122est le centre m\u00c3\u00aame, oui c\u00e2\u20ac\u2122est moi qu\u00e2\u20ac\u2122il y a dans ce rien-l\u00c3\u00a0 \u00c2\u00bb.  Ce rien, \u00c3\u00a0 savoir cette place vacante et lisse o\u00c3\u00b9 se gravent, se condensent et se fixent une multiplicit\u00c3\u00a9 de paroles, dont on est plus ou moins conscient de la fixation\/\u00c3\u00a9closion. Certes celle de la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9, ou bien encore de la t\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9vision, comme il l\u00e2\u20ac\u2122avait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 pleinement d\u00c3\u00a9velopp\u00c3\u00a9 dans ses textes ant\u00c3\u00a9rieurs, notamment <em><strong>Ecrans<\/strong><\/em> (VOIX\u00c3\u00a9ditions) : \u00c2\u00ab je ne suis pas le m\u00c3\u00aame qui parle, je parle dans ma bouche mais je ne suis pas le m\u00c3\u00aame, on est jamais le m\u00c3\u00aame quand on est la t\u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9 \u00c2\u00bb, mais aussi celle qui contredit ces \u00c3\u00a9nonc\u00c3\u00a9s, et encore celle du p\u00c3\u00a8re, de l\u00e2\u20ac\u2122amante, de la m\u00c3\u00a8re, de l\u00e2\u20ac\u2122ami, etc&#8230; Appara\u00c3\u00aet que la sc\u00c3\u00a8ne de la conscience intime et immanente est grouillante de sujets plus ou moins perceptibles et distincts qui, par contradiction et articulation, se fondent dans un seul \u00c3\u00a9lan. Et c\u00e2\u20ac\u2122est l\u00c3\u00a0 que s\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9claire par ce grossissement par le prisme litt\u00c3\u00a9raire, le caract\u00c3\u00a8re d\u00c3\u00a9cousu ontologiquement de la conscience.  Nous ne sommes conscience r\u00c3\u00a9flexive que dans le mouvement de ses boucles qui entrent en friction. D\u00c3\u00a8s lors, si Alain a raison de dire, que la pens\u00c3\u00a9e authentique c\u00e2\u20ac\u2122est celle qui se dit non, qui se contredit, parfois m\u00c3\u00aame sans savoir pourquoi, pour rien, il reste \u00c3\u00a0 comprendre que le non n\u00e2\u20ac\u2122a pas pour origine seulement une conscience pleine et transparente \u00c3\u00a0 elle-m\u00c3\u00aame, qui serait r\u00c3\u00a9solue dans la v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 qui la d\u00c3\u00a9termine, mais que tout au contraire ce non, qui d\u00c3\u00a9termine la possibilit\u00c3\u00a9 de la d\u00c3\u00a9marcation du sujet, est le jeu des diff\u00c3\u00a9rentes instances qui se cr\u00c3\u00a9ent en nous et qui par opposition, association, r\u00c3\u00a9pulsion ou bien attirance, cr\u00c3\u00a9ent la synth\u00c3\u00a8se d\u00e2\u20ac\u2122un sens, d\u00e2\u20ac\u2122une direction d\u00e2\u20ac\u2122existence.<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><em>Ainsi, pour conclure, il est \u00c3\u00a9vident que Pennequin, par <em><strong>mon Bin\u00c3\u00b4me<\/strong><\/em> approfondit encore la voie d\u00e2\u20ac\u2122une introspection ontologique du sujet humain. Retirant tout artifice de la repr\u00c3\u00a9sentation fictionnelle, condensant son \u00c3\u00a9criture dans le seul flux immanent de la r\u00c3\u00a9flexivit\u00c3\u00a9 de la conscience, il montre sans fard, sans recours au th\u00c3\u00a9orique, comment notre propre \u00c3\u00aatre est le cousu d\u00e2\u20ac\u2122une multiplicit\u00c3\u00a9 d\u00c3\u00a9cousue et contradictoire, et en quel sens cette schiz fondamentale est ce qui anime originellement notre propre inqui\u00c3\u00a9tude d\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00aatre.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[article publi\u00c3\u00a9 sur Libr-critique.com] Mon bin\u00c3\u00b4me, de Charles Pennequin, s\u00e2\u20ac\u2122il poursuit l\u00e2\u20ac\u2122exploration d\u00e2\u20ac\u2122un d\u00c3\u00a9soeuvrement profond de soi en soi \u00c3\u00a0 partir de la critique du sujet humain occidental p\u00c3\u00a9tri par des structures qui le phagocytent, c\u00e2\u20ac\u2122est que d\u00e2\u20ac\u2122abord et avant tout, il d\u00c3\u00a9veloppe dans une radicalit\u00c3\u00a9 qu\u00e2\u20ac\u2122il n\u00e2\u20ac\u2122avait pas encore atteint, la question de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-86","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/86","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=86"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/86\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=86"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=86"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=86"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}