{"id":779,"date":"2019-02-19T12:18:45","date_gmt":"2019-02-19T11:18:45","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=779"},"modified":"2019-02-19T12:18:45","modified_gmt":"2019-02-19T11:18:45","slug":"le-visage-de-la-cybernetique-philippe-boisnard-conference-pour-le-colloque-a-luniversite-de-st-etienne-octobre-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=779","title":{"rendered":"Le visage de la cybern\u00c3\u00a9tique Philippe Boisnard  (Conf\u00c3\u00a9rence pour le colloque \u00c3\u00a0 l&#8217;Universit\u00c3\u00a9 de St Etienne, octobre 2017)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: large;\"><strong>Le visage de la cybern&eacute;tique <br \/>\nPhilippe Boisnard<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(Conf&eacute;rence pour le colloque &agrave; l&#8217;Universit&eacute; de St Etienne, octobre 2017)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"font-size: larger;\"><strong>D&rsquo;une question de l&rsquo;&ecirc;tre <\/strong><\/span><\/em><br \/>\nLe visage de la <em>cybern&eacute;tique<\/em>. Ce titre est &agrave; lire dans le double sens du g&eacute;nitif : &agrave; la fois le visage compris par la cybern&eacute;tique, le visage compos&eacute; ou d&eacute;compos&eacute; au prisme de ce qu&rsquo;est la cybern&eacute;tique et &agrave; partir de cette observation, la question de la repr&eacute;sentation que nous pouvons avoir de la cybern&eacute;tique, son propre visage, permettant de saisir en quel sens elle op&egrave;re par rapport au visage humain, et ce qu&rsquo;elle d&eacute;termine du point de vue de l&rsquo;identit&eacute;, de l&rsquo;ips&eacute;it&eacute; du sujet humain. <br \/>\nLe terme de <em>cybern&eacute;tique<\/em> tel que je vais l&rsquo;entendre s&rsquo;il est &agrave; comprendre &agrave; partir de l&rsquo;analyse heideggerienne et dans l&rsquo;horizon de sa critique de Wiener, sera replac&eacute; dans le cadre historique des avanc&eacute;es li&eacute;es aux Intelligences Artificielles (IA) et &agrave; ses derni&egrave;res avanc&eacute;es.<br \/>\nHeidegger pense que la cybern&eacute;tique est le d&eacute;passement de la m&eacute;taphysique. &Eacute;trange &eacute;nonc&eacute; d&rsquo;embl&eacute;e. Pour saisir cet &eacute;nonc&eacute;, il nous faut comprendre d&rsquo;une part ce qu&rsquo;est le projet de la m&eacute;taphysique occidentale et comment Heiddegger le saisit, et d&rsquo;autre part son articulation avec l&rsquo;essence de la technique.  \tLe projet de la m&eacute;taphysique est de saisir l&rsquo;&ecirc;tre du sujet humain &agrave; travers une ontologie g&eacute;n&eacute;rale, qui a &eacute;t&eacute; domin&eacute;e aussi bien par l&rsquo;onto-th&eacute;ologie que par une ontologie rationaliste. Ce projet comme il se d&eacute;voile par exemple avec Descartes dans les M&eacute;ditations m&eacute;taphysiques doit permettre de saisir une v&eacute;rit&eacute; du sujet, sa constitution, sa structure, et ceci sans reste.  <br \/>\nOr Heidegger montre, d&egrave;s les ann&eacute;es 20, qu&rsquo;il y a une forme d&rsquo;impens&eacute; dans la m&eacute;taphysique : au lieu de poser la question de l&rsquo;&ecirc;tre, ce que la m&eacute;taphysique essaie de saisir c&rsquo;est la question de l&rsquo;&eacute;tant du sujet, &agrave; savoir sa substantialisation.  <br \/>\nC&rsquo;est en ce sens que les sciences humaines se sont concentr&eacute;es sur les d&eacute;terminations mat&eacute;rielles et relationnelles du sujet, en les posant de plus en plus d&rsquo;un point de vue logico-math&eacute;matique et qu&rsquo;elles se sont substitu&eacute;es &agrave; la question de la philosophie &agrave; partir surtout du XIX&egrave;me si&egrave;cle avec la naissance des sciences anthropologiques (psychologie, psychanalyse, sociologie, biologie, puis psychologie-sociale, &hellip;) <br \/>\nPeu &agrave; peu c&rsquo;est une repr&eacute;sentation technicienne de l&rsquo;homme qui est apparue. Ce qui a travaill&eacute; invisiblement cette entreprise de compr&eacute;hension de l&rsquo;homme est de l&rsquo;ordre d&rsquo;un impens&eacute; technique. C&rsquo;est pourquoi Heidegger, d&egrave;s <strong><em>&Ecirc;tre et temps<\/em><\/strong>, va poser la question de la technique au coeur de la compr&eacute;hension de l&rsquo;&ecirc;tre de l&rsquo;homme, &agrave; travers un double niveau d&rsquo;analyse : l&rsquo;objectivation de l&rsquo;homme, et l&rsquo;analyse de sa manipulation. <br \/>\nDe l&agrave; il va poser la question de l&rsquo;ach&egrave;vement de la m&eacute;taphysique comme &agrave; la fois sa r&eacute;solution et son d&eacute;passement r&eacute;v&eacute;lant : &laquo;&nbsp;<em>L&rsquo;ach&egrave;vement de la m&eacute;taphysique commence avec la m&eacute;taphysique h&eacute;g&eacute;lienne du savoir absolu entendu comme esprit de la volont&eacute;<\/em>&nbsp;&raquo;. &nbsp;<br \/>\nL&rsquo;esprit de la volont&eacute; se d&eacute;finit du point de vue de l&rsquo;essence de la technique (L&rsquo;arraisonnement) en tant que &laquo;<em>&nbsp;ici la technique (est &agrave; prendre) en un sens si essentiel qu&rsquo;il &eacute;quivaut &agrave; celui de la m&eacute;taphysique achev&eacute;e&nbsp;<\/em>&raquo;.  \tDe plus Heidegger montre que la notion de calcul des &eacute;tants, propre &agrave; l&rsquo;essence de la technique, la mise en stocke, la mise en dispositif (Gestell), se d&eacute;voile dans la science moderne de la cybern&eacute;tique. <br \/>\nLa connaissance de l&rsquo;homme ainsi se d&eacute;voile dans les sciences cybern&eacute;tiques qui reposent sur la compr&eacute;hension mat&eacute;rielles, logico-math&eacute;matiques de l&rsquo;homme selon des rapports de causalit&eacute;s permettant de penser l&rsquo;homme selon des trajectoires guid&eacute;es, comme s&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait plus qu&rsquo;un &eacute;tant parmi tant d&rsquo;autres. <br \/>\nCette repr&eacute;sentation de la cybern&eacute;tique est d&eacute;finie parfaitement par David Aurel dans <em><strong>La cybern&eacute;tique et l&rsquo;humain<\/strong><\/em> (1965). David Aurel pose que la notion de libre arbitre tend &agrave; dispara&icirc;tre pour peu &agrave; peu &ecirc;tre mod&eacute;lis&eacute;e selon des processus m&eacute;canistes. L&rsquo;homme serait ainsi en totalit&eacute; un &ecirc;tre pensable comme une structure d&eacute;terminable selon des processus, des fonctionnements que l&rsquo;on pourrait objectiver et del&agrave; guider.  &laquo;&nbsp;<em>Le rapport de l&rsquo;homme au monde, et avec eux, la totalit&eacute; de l&rsquo;existence sociale de l&rsquo;homme sont enclos dans le domaine o&ugrave; la science cybern&eacute;tique exerce sa ma&icirc;trise<\/em>&nbsp;&raquo; (Heidegger,<strong><em> La provenance de l&rsquo;art et la destination de la pens&eacute;e<\/em><\/strong>, 1967).<br \/>\nLa singularit&eacute; de l&rsquo;homme tendrait d&egrave;s lors &agrave; &ecirc;tre effac&eacute;e en tant que possible inactualisable selon cette inclusion, n&rsquo;&eacute;tant plus qu&rsquo;une illusion de notre imagination, au profit d&rsquo;une compr&eacute;hension objective, cybern&eacute;tiquement d&eacute;terminable. Mais si en effet ce d&eacute;passement de la m&eacute;taphysique est attest&eacute;, qu&rsquo;en est-il alors de la question de notre &ecirc;tre notamment comprise &agrave; partir du visage, tel que Emmanuel L&eacute;vinas a pu la d&eacute;finir dans <strong><em>Ethique et Infini<\/em><\/strong> ? \t\tSelon L&eacute;vinas l&rsquo;&ecirc;tre de l&rsquo;homme ne peut &ecirc;tre r&eacute;duit &agrave; une connaissance, &agrave; un jugement d&eacute;terminant. Et c&rsquo;est notre visage qui en d&eacute;voile cette signature.  &laquo;&nbsp;<em>On peut dire que le visage n&rsquo;est pas &laquo; vu &raquo;. [&hellip;] C&rsquo;est en cela que la signification du visage le fait sortir de l&rsquo;&ecirc;tre en tant que corr&eacute;latif d&rsquo;un savoir. Au contraire, la vision est recherche d&rsquo;une ad&eacute;quation ; elle est ce qui par excellence absorbe l&rsquo;&ecirc;tre. Mais la relation au visage est d&rsquo;embl&eacute;e &eacute;thique.<\/em>&nbsp;&raquo; Le visage ce qui nous ouvre &agrave; autrui, est ce qui nous fait rencontrer l&rsquo;infini de la distance de la libert&eacute; qui tout &agrave; la fois nous s&eacute;pare et nous relie par la question &eacute;thique. <br \/>\nC&rsquo;est pour cela que le visage s&rsquo;&eacute;chappe de la saisie du contexte, le visage selon L&eacute;vinas est ce qui nous renvoie &agrave; l&rsquo;&ecirc;tre d&rsquo;autrui en-de&ccedil;&agrave; de toute connaissance, son humanit&eacute; qui r&eacute;sonne en nous seulement par l&rsquo;&eacute;thique ?  \tAlors, si nous sommes &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la cybern&eacute;tique, en quel sens celle-ci, &agrave; travers ces nouvelles proc&eacute;dures li&eacute;es aux Intelligences artificielles, au deep learning, au big data, &agrave; la biom&eacute;trie, en vient-elle &agrave; se saisir du visage et &agrave; le transformer comme une simple donn&eacute;e ?  \tQue reste-il du visage en tant que signature de l&rsquo;&ecirc;tre, signe de la singularit&eacute; ? Que reste-t-il de cet infini de la libert&eacute; que je rencontre par le visage d&rsquo;autrui, &agrave; l&rsquo;heure de la saisie du visage, en cette heure de la d&eacute;visag&eacute;it&eacute;, command&eacute;e par les injonctions de s&eacute;curit&eacute; et de surveillance ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: larger;\"><strong><em>Le r&egrave;gne biom&eacute;trique de la saisie du visage : voir<\/em><\/strong><\/span><br \/>\nNotre &eacute;poque est hant&eacute;e par des mythologies, qu&rsquo;il faudrait penser comme celles qu&rsquo;a r&eacute;dig&eacute;es Roland Barthes entre 1954 et 1956. &laquo;&nbsp;<em>Chaque objet du monde peut passer d&#8217;une existence ferm&eacute;e, muette, &agrave; un &eacute;tat oral, ouvert &agrave; l&#8217;appropriation de la soci&eacute;t&eacute;.<\/em>&nbsp;&raquo;. Les mythes selon Roland Barthes ne sont pas des signifiants hors espace-temps, mais ils se d&eacute;terminent comme des id&eacute;olog&egrave;mes qui ont une consistance et une efficacit&eacute; sociale, et qui permettent &agrave; une classe productrice d&rsquo;id&eacute;ologie de d&eacute;terminer une ossature du r&eacute;el. Les mythes, s&rsquo;ils reposent sur des choses, cependant ils int&egrave;grent dialectiquement dans leur institution symbolique et leur diffusion socio-psychologique des vecteurs d&rsquo;imaginaire. <br \/>\nNotre repr&eacute;sentation du monde et notre compr&eacute;hension actuelle ne repose plus sur les m&ecirc;mes mythes que ceux des ann&eacute;es 50, &agrave; savoir ce ne sont pas les m&ecirc;mes &eacute;nonc&eacute;s qui structurent notre r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;acc&eacute;l&eacute;ration des technologies a produit un certain nombre de mythes qui ici entre en jeu avec la question que nous posons quant &agrave; la saisie du visage. Le r&egrave;gne biom&eacute;trique ob&eacute;issant &agrave; la croyance en la s&eacute;curit&eacute; et en la tol&eacute;rance z&eacute;ro selon le vecteur du contr&ocirc;le de l&rsquo;innovation technologique, fait partie de ces mythes qui sont v&eacute;hicul&eacute;s dans nos soci&eacute;t&eacute;s, et qui se r&eacute;alisent selon une forme d&rsquo;imaginaire. L&rsquo;imaginaire de la biom&eacute;trie, son id&eacute;ologie consiste en l&rsquo;injonction de s&eacute;curit&eacute;, et de l&rsquo;offre commerciale adapt&eacute;e au sujet.  <br \/>\nPour saisir cette dimension de la biom&eacute;trie, nous pouvons revenir &agrave; l&rsquo;image qui est int&eacute;gr&eacute;e dans <strong><em>Minority Report<\/em><\/strong> (Spielberg) en 2002. Nous suivons Tom Cruise, qui se mettant en rupture de syst&egrave;me traverse, voire divague dans une soci&eacute;t&eacute; domin&eacute;e par le contr&ocirc;le technologique sur l&rsquo;individu. Spielberg fait en sorte de faire varier dans ce film de tr&egrave;s nombreuses technologies. Lorsque Tom Cruise arrive dans un espace commercial, sa pupille est analys&eacute;e en temps r&eacute;el, et il est reconnu. Le programme alors lui envoie une forme de recommandation.<br \/>\nNous constatons &agrave; partir de cette approche fictionnelle, que l&rsquo;&ecirc;tre humain s&rsquo;il est bien &eacute;videmment constitu&eacute;e de son visage, ce visage, loin d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;nigme, alt&eacute;rit&eacute;, sert de fiduciaire, d&rsquo;ID (identifiant) pour les syst&egrave;mes de reconnaissance visuel. <br \/>\nDans <strong><em>Black Mirror<\/em><\/strong>, &eacute;pisode 1 saison 3, Nosedive, la question de la reconnaissance faciale est pouss&eacute;e un peu plus loin que le simple ciblage commercial. En effet, les personnes, toutes munies de leur smartphone &agrave; reconnaissance faciale, non seulement per&ccedil;oivent en temps r&eacute;el qui elles rencontrent, mais de plus elles peuvent noter selon la relation qu&rsquo;elles ont, cette personne selon une logique de recommandation. Tout un chacun ayant acc&egrave;s &agrave; la note globale. \tOn passe de la question de l&rsquo;&ecirc;tre &agrave; la question de l&rsquo;agr&eacute;gation : je suis, j&rsquo;existe parce que je suis not&eacute; et &eacute;valu&eacute; en temps r&eacute;el. C&rsquo;est bien ce qui arrive au personnage principal Lacie Pound, et dont le titre est annonciateur : par une suite d&rsquo;accidents, elle va peu &agrave; peu perdre sa note de recommandation, pour devenir une marginale, et &ecirc;tre emprisonn&eacute;e. <br \/>\nAlors que les recommandations &eacute;taient la base d&rsquo;une netiquette sur internet, comme cela avait &eacute;t&eacute; promu au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000 par les Humains associ&eacute;s, le r&eacute;seau n&rsquo;est plus cloisonn&eacute; &agrave; l&rsquo;espace internet mais il d&eacute;borde sur le r&eacute;el et le visage de l&rsquo;homme est l&rsquo;interface de ce passage. Le visage est &agrave; la fois l&rsquo;ID internet et la r&eacute;alit&eacute; empirique de mon existence, ce qui fait que l&rsquo;on me reconna&icirc;t. Toutes les d&eacute;rives sont alors possibles. Je ne suis pas dans ma pr&eacute;sentation, mais selon la repr&eacute;sentation qu&rsquo;un r&eacute;seau me donne suivant les informations accumul&eacute;es et recoup&eacute;es au sein de celui-ci. Je ne me constitue pas en tant que sujet libre, mais selon les r&egrave;gles et les principes apriori d&eacute;termin&eacute;s par un dispositif algorithmique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une mythologie s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;e &agrave; partir des ann&eacute;es 90, saisir le visage par un ID. Le visage n&rsquo;est plus injonction infinie de la libert&eacute;, qui d&eacute;borde toute identification, n&rsquo;est plus la signature d&rsquo;une singularit&eacute;, mais le visage devient un &eacute;l&eacute;ment mat&eacute;riel qui est d&eacute;termin&eacute; selon un ensemble d&rsquo;&eacute;nonc&eacute;s et de qualit&eacute;s, accumul&eacute;es et dont il serait le r&eacute;f&eacute;rent. Nous ne sommes plus un &ecirc;tre, renvoyant &agrave; une  ips&eacute;it&eacute; au sens de Paul Ricoeur dans <strong><em>Soi-m&ecirc;me comme un autre<\/em><\/strong>, mais nous sommes seulement les caract&egrave;res qui constituent l&rsquo;idem, la m&ecirc;met&eacute; d&eacute;finissable et reconnaissable. Notre quiddit&eacute; pour reprendre Russel, est une somme de pr&eacute;dicats. Et ces pr&eacute;dicats sont constitu&eacute;s en base de donn&eacute;e accessibles pour les autres ou bien pour des institutions politiques ou &eacute;conomiques.  <br \/>\nCe qui est mythologique, ou encore anticipation, n&rsquo;est pas purement imaginaire, mais est de l&rsquo;ordre de la constitution historique de nos soci&eacute;t&eacute;s. L&rsquo;id&eacute;ologie qui pr&eacute;domine dans tous ces r&eacute;cits est celle de la r&eacute;duction de l&rsquo;homme &agrave; un &eacute;l&eacute;ment mat&eacute;riel que l&rsquo;on peut composer selon un ensemble de fonctions qui permettent de le surveiller ou encore de l&rsquo;anticiper quant &agrave; son existence et ses d&eacute;sirs. L&rsquo;id&eacute;ologie est celle du contr&ocirc;le pr&eacute;dictif. Le panopticum, mod&egrave;le de la prison o&ugrave; tout prisonnier est observable &agrave; tout moment, s&rsquo;est g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; et d&eacute;mat&eacute;rialis&eacute; &agrave; l&rsquo;&egrave;re de la cybern&eacute;tique. De l&rsquo;oeil centralis&eacute;, nous en sommes pass&eacute;s &agrave; l&rsquo;oeil &eacute;parpill&eacute;. Le mod&egrave;le est ici davantage orwellien quant &agrave; la surveillance, mais il ne repose plus sur un pouvoir central, mais le pouvoir est diss&eacute;min&eacute; dans l&rsquo;ensemble des institutions &eacute;conomiques et politiques de gouvernance.<br \/>\nAinsi depuis la fin de 2017, &agrave; P&eacute;kin, dans les gares, les policiers ont des lunettes qui permettent la reconnaissance faciale. Cette technologie d&eacute;velopp&eacute;e par LLVision, bas&eacute;e &agrave; P&eacute;kin, permet selon le <em><strong>Wall Street Journal <\/strong><\/em>de faire correspondre toute personne cibl&eacute;e par le regard &agrave; une base de donn&eacute;e de 10000 suspects en 100 millisecondes. Ce syst&egrave;me portable ne fait que poursuivre ce que par exemple l&rsquo;Allemagne a d&eacute;ploy&eacute; durant l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2017 dans les a&eacute;roports. Les cam&eacute;ras sont reli&eacute;es &agrave; un syst&egrave;me de reconnaissance faciale automatis&eacute;e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: larger;\"><strong><em>&Eacute;motions, visage et IA : anticiper<\/em><\/strong><\/span><br \/>\nL&rsquo;id&eacute;olog&egrave;me qui est derri&egrave;re cette recherche de reconnaissance de l&rsquo;individu se d&eacute;finit en tant que l&rsquo;homme n&rsquo;est pas un individu d&eacute;termin&eacute; comme singularit&eacute;, mais qu&rsquo;il est &agrave; chaque instant l&rsquo;expression d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments qui traduisent des cat&eacute;gories objectives de saisie. Nous pouvons comprendre ici que la caract&eacute;rologie anthropologique recherch&eacute;e par la philosophie, que l&rsquo;on per&ccedil;oit parfaitement d&egrave;s le sto&iuml;cisme par exemple, en passant par le Trait&eacute; des passions de Descartes, ou bien encore par l&rsquo;analyse caract&eacute;rielle de Kant, trouve son aboutissement avec le r&egrave;gne biom&eacute;trique. Le visage de l&rsquo;homme est l&rsquo;ensemble des indices qui renvoie &agrave; une compr&eacute;hension objective de son &ecirc;tre. De ce fait il est m&eacute;caniquement d&eacute;termin&eacute; quant &agrave; son expressivit&eacute;. <br \/>\nL&rsquo;intuition de la physiognomonie du XVIII&egrave;me et du XIX&egrave;me si&egrave;cle trouve sa r&eacute;alisation &agrave; l&rsquo;&egrave;re des IA et du big data. Tel que l&rsquo;&eacute;non&ccedil;ait Johann Kaspar Lavater &laquo;&nbsp;<em>La physionomie humaine est pour moi, dans l&rsquo;acception la plus large du mot, l&rsquo;ext&eacute;rieur, la surface de l&rsquo;homme en repos ou en mouvement, soit qu&rsquo;on l&rsquo;observe lui-m&ecirc;me, soit qu&rsquo;on n&rsquo;ait devant les yeux que son image. La physiognomonie est la science, la connaissance du rapport qui lie l&rsquo;ext&eacute;rieur &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, la surface visible &agrave; ce qu&rsquo;elle couvre d&rsquo;invisible. Dans une acception &eacute;troite, on entend par physionomie l&rsquo;air, les traits du visage, et par physiognomonie la connaissance des traits du visage et de leur signification.&nbsp;<\/em>&raquo; (<strong><em>L&rsquo;Art de conna&icirc;tre les hommes par la physionomie<\/em><\/strong> (1775-1778)).<br \/>\nSi on consid&egrave;re ce qu&rsquo;a fait Microsoft : l&rsquo;<em>emotional r&eacute;cognition<\/em> et les frameworks de reconnaissance faciales, nous nous trouvons, malgr&eacute; la diff&eacute;rence technologique et &eacute;pist&eacute;mologique, dans une m&ecirc;me proc&eacute;dure. La physiognomonie reposait sur une observation, et une discrimination, reliant des analyses physiologiques et morphopsychologiques en relation avec des actions humaines.<br \/>\nLa reconnaissance faciale, telle qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; appr&eacute;hend&eacute;e par les r&eacute;seaux de neurone et l&rsquo;ensemble des principes de r&eacute;duction graphiques qui s&rsquo;effectuent dans un deep neural networking repose sur une logique similaire mais dont les op&eacute;rations de comparaison, de regroupement vont &ecirc;tre faites peu &agrave; peu par l&rsquo;IA. <br \/>\nL&rsquo;<em>emotional r&eacute;cognition<\/em> permet d&rsquo;abstraire des parties d&rsquo;une image, de pouvoir les analyser et de les comparer &agrave; des sous ensembles de patterns qui ont &eacute;t&eacute; constitu&eacute;s selon des principes de big data et permettant d&rsquo;indexer ces &eacute;l&eacute;ments. Par la collection de visages et leur indexation selon des traits de caract&egrave;re, les nouveaux visages vont &agrave; partir de similitudes &ecirc;tres eux-m&ecirc;mes analys&eacute;s et caract&eacute;ris&eacute;s. Si la comparaison &eacute;tait faite dans la physiognomonie par l&rsquo;intelligence humaine et sa capacit&eacute; de recoupements et d&rsquo;accumulation, l&rsquo;automatisation par l&rsquo;IA et l&rsquo;accumulation des images en base de donn&eacute;e a amplifi&eacute; absolument cette possibilit&eacute; et d&eacute;passer selon deux crit&egrave;res le travail d&rsquo;observation et de recoupement humain : 1\/ la base de donn&eacute;e constitu&eacute;e et trait&eacute;e est beaucoup plus importante, 2\/ le traitement se fait beaucoup plus rapidement. <br \/>\nCette possibilit&eacute; d&rsquo;accumulation des visages &eacute;tant li&eacute;e elle-m&ecirc;me &agrave; un id&eacute;olog&egrave;me sp&eacute;cifique, que j&rsquo;ai analys&eacute; dans mon livre Fronti&egrave;res du visage (analogique et num&eacute;rique), reposant sur la question de la reconnaissance de soi et la visibilit&eacute; dans la soci&eacute;t&eacute; post-capitaliste de l&rsquo;information, conduisant tout individu &agrave; participer activement &agrave; cette constitution des bases de donn&eacute;e selon le d&eacute;sir d&rsquo;&ecirc;tre vu dans les r&eacute;seaux. <br \/>\nCe processus m&egrave;ne &agrave; une forme d&rsquo;inversion : alors que l&rsquo;outil est une m&eacute;diation &agrave; partir de laquelle s&rsquo;effectuaient nos jugements, nos intentions ou nos anticipations, nous devenons les observateurs progressivement d&rsquo;une finalit&eacute; de jugement et de pr&eacute;diction que nous avons d&eacute;l&eacute;gu&eacute; aux IA. La pens&eacute;e humaine qui revendiquait d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;&eacute;tape cruciale et finale, devient m&eacute;diante, face &agrave; une externalisation du jugement. C&rsquo;est l&rsquo;intelligence artificielle qui in fine juge des traits caract&eacute;rologiques du visage. Qui envisage ce qui lui fait face, qui va produire une productivit&eacute; &agrave; partir de son analyse.   <br \/>\nL&rsquo;apprentissage des IA &eacute;tant lui-m&ecirc;me progressivement d&eacute;l&eacute;gu&eacute; aux IA elles-m&ecirc;mes, non seulement, les IA r&eacute;ussissent &agrave; d&eacute;terminer et caract&eacute;riser mais de plus elles peuvent depuis leurs derni&egrave;res am&eacute;liorations parvenir &agrave; une possibilit&eacute; de reconnaissance des visages par processus d&rsquo;imagination. <br \/>\nLe projet <em>Google Brain<\/em> (f&eacute;vrier 2017) permet d&rsquo;imaginer quel est le visage qui a &eacute;t&eacute; matric&eacute;. La donn&eacute;e qui est donn&eacute;e &agrave; imaginer &agrave; l&rsquo;IA, au sens strict, est une image tr&egrave;s pixelis&eacute;e (matrice de 9 carr&eacute;s color&eacute;s). Deux r&eacute;seaux  de neurone sont utilis&eacute;s. Le premier permet de comparer l&rsquo;image avec des images similaires et ceci par analyse de d&eacute;tails (patterns), et donc de trouver la ressemblance. Le second permet de pr&eacute;ciser les d&eacute;tails. Ce qui n&rsquo;&eacute;tait que de l&rsquo;ordre de la fiction devient r&eacute;el. Il y a un processus imaginatif de la machine, que nous observons. <br \/>\nNous avons donn&eacute; aux IA ce qui semblait ph&eacute;nom&eacute;nologiquement nous d&eacute;terminer. En effet, le fait de reconna&icirc;tre l&rsquo;expressivit&eacute; du visage de l&rsquo;autre repose selon Husserl (<strong><em>M&eacute;ditations cart&eacute;siennes<\/em><\/strong>) 1\/ sur un principe de remplissement (<em>Einf&uuml;hlung<\/em>) pour le cogito, et 2\/ sur un processus de variation eid&eacute;tique (des images), permettant alors de saisir ce qui se passe pour autrui. Je comprends et anticipe le v&eacute;cu de sens d&rsquo;autrui selon le rapport qu&rsquo;il y a entre ma m&eacute;moire d&rsquo;exp&eacute;riences similaires et d&rsquo;autre part ce que je per&ccedil;ois. C&rsquo;est en quelque sorte cela que nous faisons op&eacute;rer aux IA. Le visage &eacute;tant le lieu de l&rsquo;&eacute;motion, de l&rsquo;expression du v&eacute;cu de sens, est devenu l&rsquo;enjeu de la saisie et de la r&eacute;duction &agrave; des caract&eacute;ristique assimilables et anticipables.<br \/>\nSi dans sa pi&egrave;ce <strong><em>Let&rsquo;s Enhance<\/em><\/strong> de 2009,  Duncan Robson montrait &agrave; partir d&rsquo;extrait de film, en quel sens la r&eacute;solution par zoom d&rsquo;enqu&ecirc;tes polici&egrave;res dans les films hollywoodiens &eacute;taient un fake, huit ans plus tard, il est &eacute;vident que cela n&rsquo;est plus du tout aussi ridicule.<br \/>\nNous entrainons les IA &agrave; faire des efforts de m&eacute;moire &agrave; partir de la m&eacute;morisation qui s&rsquo;effectue en base de donn&eacute;es. Les op&eacute;rations qui ont lieu sont celles de comparaisons, de croisements, d&rsquo;affinage.  Comparaison de matrices de pixel, on peut reconstituer le visage des individus. <br \/>\nDe m&ecirc;me au niveau de la reconstitution des visages, une &eacute;quipe indienne et britannique a mis au point un algorithme de reconnaissance du visage m&ecirc;me voil&eacute; : <strong><em>Disguised Face Identification<\/em><\/strong> (2017). La perception de l&rsquo;IA va ainsi plus loin que celle de l&rsquo;homme. On l&rsquo;a dot&eacute; d&rsquo;une imagination qui lui permet d&rsquo;imaginer des possibilit&eacute;s pertinentes par rapport au r&eacute;el. C&rsquo;est parce que nous donnons aux IA ces possibilit&eacute;s que la question du visage se r&eacute;duit de plus en plus &agrave; sa seule mat&eacute;rialit&eacute; observable. <br \/>\nIci nous faisons face &agrave; une heuristique de l&rsquo;imagination de l&rsquo;IA, comme peut l&rsquo;analyser avec pertinence Gr&eacute;gory Chatonsky, et comme lui-m&ecirc;me l&rsquo;a exp&eacute;riment&eacute; par exemple dans <strong><em>Predictions<\/em><\/strong> (2015). En utilisant l&rsquo;IA  d&rsquo;emotional recognition, il compose une forme de sous-titres pr&eacute;dictifs au film Vertigo. Nous faisons face d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; au film d&rsquo;Hitchcock, et de l&rsquo;autre &agrave; ce que l&rsquo;IA imagine des affects de Kim Novak et de James Stewart. <br \/>\nToutefois, cette volont&eacute; de saisie du visage semble inqui&eacute;ter un certain nombre d&rsquo;artistes. Marnix de Nijs : <strong><em>Physiognomonic Scrutinizer<\/em><\/strong> (2008-2009) propose aux personnes de passer un portique d&rsquo;a&eacute;roport, o&ugrave; il y a une analyse biom&eacute;trique de visages et nous sommes reconnus par rapport &agrave; une base de donn&eacute;e qu&rsquo;il a faite. Nous voyons notre identit&eacute; dans le r&eacute;seau appara&icirc;tre. Si le processus de ressemblance est ce qui amuse d&rsquo;embl&eacute;e, au sens o&ugrave; nous sommes reli&eacute;s au visage d&rsquo;une autre personne, cependant ce qui est au fond de cette oeuvre est l&rsquo;inqui&eacute;tude tout aussi bien de la r&eacute;duction de notre &ecirc;tre selon un principe de surveillance, et d&rsquo;autre part la possibilit&eacute; d&rsquo;erreur. Il d&eacute;voile par cons&eacute;quence en quel sens chaque passage chaque trajet n&rsquo;est plus de l&rsquo;ordre de l&rsquo;anonymat. Le nomadisme, l&rsquo;errance n&rsquo;est plus possible, mais selon un ordre de surveillance technique, et une interconnexion des diff&eacute;rents dispositifs, tout humain pourrait &ecirc;tre &agrave; tout moment observ&eacute;. Loi de la tol&eacute;rance z&eacute;ro : il n&rsquo;y aurait plus d&rsquo;espace de disparition. L&rsquo;espace r&eacute;el &eacute;tant dupliqu&eacute; virtuellement selon une cartographie observ&eacute;e et observable sans reste. Rafael Lozano-Hemmer avec <strong><em>Level of confidence<\/em><\/strong> (2015) de m&ecirc;me montre en quel sens la disparition semble impossible. Prenant l&rsquo;enl&egrave;vement de 43 &eacute;tudiants de l&rsquo;&eacute;cole normale  de Ayotzinapa &agrave; Iguala, il analyse chaque visiteur de l&rsquo;exposition pour voir s&rsquo;ils ne sont pas l&rsquo;un des disparus. Chaque visage va &ecirc;tre analys&eacute; et compar&eacute; aux disparus. Il ne s&rsquo;agit pas de retrouver, mais bien de poser que l&rsquo;on fait face &agrave; une technologie qui pourrait retrouver. <br \/>\nLe film Open windows de Nacho Vigalondo (2014) fait partie des fictions d&eacute;voilant cette possibilit&eacute;. Cette fiction qui se d&eacute;roule enti&egrave;rement sur &eacute;cran d&rsquo;ordinateur et selon des captations de cam&eacute;ra, d&eacute;voile de quelle mani&egrave;re, si toutes les cam&eacute;ras existantes (ext&eacute;rieures et personnelles li&eacute;es &agrave; nos portables) &eacute;taient accessibles, il n&rsquo;y aurait plus de possibilit&eacute; de dispara&icirc;tre, d&rsquo;&ecirc;tre cach&eacute;.  <br \/>\nAvec <strong><em>The circle<\/em><\/strong> de James Ponsoldt (2017), ce qui est apparu avec <strong><em>Black Mirror<\/em><\/strong> s&rsquo;accentue, une &egrave;re al&eacute;th&eacute;iologique hyperbolique y est d&eacute;crit : chaque individu pouvant &ecirc;tre suivi &agrave; chaque instant, chacune de ses actions &eacute;tant enregistr&eacute;e. \tIl n&rsquo;y a plus de diff&eacute;rence entre le r&eacute;seau et le monde mat&eacute;riel. Il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;une seule r&eacute;alit&eacute; synth&eacute;tique, o&ugrave; ce sont les crit&egrave;res du num&eacute;rique qui dialectiquement subordonnent l&rsquo;existence.<br \/>\nCette logique en arrive &agrave; un moment donn&eacute; &agrave; une logique de l&rsquo;identification et de r&eacute;duction de l&rsquo;humanit&eacute; de notre visage &agrave; des cat&eacute;gories &eacute;tant les caract&eacute;ristiques d&rsquo;un ID.<br \/>\nTel que l&rsquo;&eacute;nonce G&eacute;rard Dubey : &laquo;&nbsp;<em>La biom&eacute;trie aujourd&rsquo;hui se d&eacute;finit en effet comme la possibilit&eacute; d&rsquo;identifier sur la base de crit&egrave;res purement techniques un individu dans une masse et dans des flux. Elle consiste &agrave; calibrer num&eacute;riquement certaines parties du corps (empreintes digitales, contour de la main, r&eacute;seau veineux, fragment d&rsquo;&eacute;piderme, iris) et &agrave; mettre en concordance automatique ces donn&eacute;es par le biais de syst&egrave;mes d&rsquo;infor&shy;mation et de communication. Elle est indissociable du processus d&rsquo;infor&shy;matisation de la soci&eacute;t&eacute; et de l&rsquo;imp&eacute;ratif de tra&ccedil;abilit&eacute; (des signes, des choses et aujourd&rsquo;hui des &ecirc;tres vivants) qu&rsquo;impose le recouvrement du monde r&eacute;el par son image num&eacute;rique contr&ocirc;l&eacute;e et contr&ocirc;lable.<\/em>&nbsp;&raquo; (<strong><em>L&rsquo;identification biom&eacute;trique&nbsp;: vers un nouveau contr&ocirc;le social&nbsp;?<\/em><\/strong>, 2008)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: larger;\"><strong><em>R&eacute;sistance : effacement <\/em><\/strong><\/span><br \/>\nDans cette partie, il ne s&rsquo;agit pas de prendre parti, et de rejeter frontalement le d&eacute;ploiement de plus en plus important de la reconnaissance faciale et des logiques de biom&eacute;trie. J&rsquo;ai essay&eacute; tout au long de ce qui pr&eacute;c&egrave;de de comprendre &agrave; partir d&rsquo;une nouvelle mythologie en quel sens en effet l&rsquo;intuition de Heidegger &eacute;tait pertinente, &agrave; savoir que l&rsquo;ach&egrave;vement de la m&eacute;taphysique (connaissance de l&rsquo;homme) se faisait &agrave; l&rsquo;&egrave;re de la technique et de la cybern&eacute;tique.  \tEn mettant en &eacute;vidence dans ce qui suit des r&eacute;sistances, il ne s&rsquo;agit pas de penser qu&rsquo;elles sont nouvelles. Bien au contraire, elles sont ant&eacute;rieures &agrave; cette &eacute;mergence des IA voire m&ecirc;me de l&rsquo;av&egrave;nement de l&rsquo;&egrave;re num&eacute;rique. C&rsquo;est en ce sens que la r&eacute;duction de l&rsquo;homme, de son ips&eacute;it&eacute;, &agrave; des fonctions &eacute;taient mis en critique par Ricoeur, mais renvoie aussi &agrave; une partie des inqui&eacute;tudes de la fiction futurologique du XIX&egrave;me si&egrave;cle.  Ou encore comme Ionesco pouvait l&rsquo;&eacute;noncer :  &laquo;&nbsp;<em>maintenant ce qui est ennuyeux dans la soci&eacute;t&eacute; c&rsquo;est que (&#8230;) la personne est tent&eacute;e de s&rsquo;identifier totalement avec la fonction&nbsp;; ce n&rsquo;est pas la fonction qui prend un visage, c&rsquo;est un homme qui perd son visage qui se d&eacute;shumanise<\/em>&nbsp;&raquo;. <br \/>\nFace aux mythologies du contr&ocirc;le, il y a des logiques d&rsquo;anti-syst&egrave;me qui se d&eacute;veloppent. Ces r&eacute;sistances elles-m&ecirc;mes reposent sur des id&eacute;ologies pr&eacute;cises et des conceptions philosophiques et ontologiques de l&rsquo;homme qui pourraient &ecirc;tre critiqu&eacute;es. En effet, la logique de r&eacute;sistance pose souvent le sujet comme singularit&eacute;-noyau, dot&eacute; d&rsquo;une libert&eacute; d&eacute;tach&eacute;e de toute saisie rationnelle. <br \/>\nEn 1977 dans <strong><em>Substance mort<\/em><\/strong> de Philippe K. Dick, Fred, le policier qui va devoir enqu&ecirc;ter sur lui-m&ecirc;me, porte pour tromper les cam&eacute;ras &laquo;&nbsp;un complet brouill&eacute;&nbsp;&raquo;. Ce complet brouill&eacute;, comme cela est parfaitement redonn&eacute; dans le film <strong><em>Scanner darkly<\/em><\/strong>, r&eacute;alis&eacute; par Richard Linklater (2006) permet d&rsquo;alterner &agrave; une vitesse tr&egrave;s rapide des visages diff&eacute;rents, des mani&egrave;re de s&rsquo;habiller diff&eacute;remment, etc&hellip; Face aux technologies de recherche sur le visage qui se d&eacute;veloppe au cours des ann&eacute;es 1970, notamment li&eacute;e &agrave; Nancy Burson, Philip K.Dick, imagine d&eacute;j&agrave; des formes de contre-technologies pour pr&eacute;server l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; de l&rsquo;identit&eacute; face aux techniques de surveillance. <br \/>\nFace &agrave; la substitution du visage par sa reformulation num&eacute;rique, semble se constituer une forme de strat&eacute;gie de pr&eacute;servation. Cette strat&eacute;gie est d&rsquo;abord en oeuvre dans une dialectique du recouvrement retrait que l&rsquo;on peut apercevoir &agrave; travers plusieurs usages technologiques. <br \/>\nAdam Harvey a d&eacute;velopp&eacute; plusieurs angles d&rsquo;approche pour contrer les surveillances li&eacute;es &agrave; la biom&eacute;trie. Avec Stealth Wear &laquo;&nbsp;Anti-drone&nbsp;&raquo; Fashion (2013), il met en place un ensemble de v&ecirc;tement, capuche, cagoule, inspir&eacute; des v&ecirc;tements de l&rsquo;islam, qui bloque l&rsquo;analyse thermique du corps. Il cr&eacute;e une fronti&egrave;re entre l&rsquo;observation thermique du drone et d&rsquo;autre part le visage. Il poursuit ainsi la logique de r&eacute;sistance qu&rsquo;il avait initi&eacute; avec CV Dazzle (2010) qui permet par un maquillage r&eacute;fl&eacute;chi par rapport aux algorithmes de reconnaissance faciale, de brouiller celle-ci et ainsi de pr&eacute;server le visage de sa captation. <br \/>\nC&rsquo;est une m&ecirc;me voie qu&rsquo;a poursuivi Gr&eacute;gory Bakunov en Russie face au d&eacute;veloppement de plus en plus important des cam&eacute;ras de surveillance &agrave; Moscou.<br \/>\nCes strat&eacute;gies fonctionnent selon un brouillage de ce que serait le caract&egrave;re de la m&ecirc;met&eacute;. Elles op&egrave;rent une c&eacute;sure &agrave; partir de la dimension mat&eacute;rielle entre une ips&eacute;it&eacute;, qui serait &laquo;&nbsp;le visage&nbsp;&raquo; et d&rsquo;autre part les caract&egrave;res de reconnaissance, que nous avons identifier avec Ricoeur comme ceux de l&rsquo;idem. Bien &eacute;videmment, le d&eacute;veloppement algorithmique se fera pour contrer ces strat&eacute;gies de r&eacute;sistance. Toutefois, appara&icirc;t que la notion de visage renvoie bien &agrave; la question de la singularit&eacute; et de sa pr&eacute;servation. Que cela soit avec le complet brouill&eacute; de K.Dick, que cela soit avec les strat&eacute;gies de maquillage, ce n&rsquo;est pas le visage d&rsquo;abord et avant tout que l&rsquo;on tente de pr&eacute;server mais bien la singularit&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre du sujet : sa libert&eacute;. Ces exemples montrent la dialectique qui se construit autour du visage.  \tCe n&rsquo;est pas pour rien que le symbole des anonymous, collectif prot&eacute;iforme sans r&eacute;el noyau a pris le masque blanc de V pour vendetta. V pour Vendetta est une bande dessin&eacute;e qui a &eacute;t&eacute; publi&eacute;e de 1982 &agrave; 1990, dont Alan Moore a &eacute;crit le sc&eacute;nario et David Lloyd a fait les illustrations. Cette oeuvre raconte comment, apr&egrave;s l&rsquo;instauration d&rsquo;un pouvoir totalitaire en Angleterre au cours des ann&eacute;es 1980 suite &agrave; une guerre mondiale, un anarchiste, qui se fait appeler V, va agir contre ce pouvoir se cachant sous le masque de Guy Fawkes qui fut le membre le plus actif de la conspiration des poudres au XVI&egrave;me si&egrave;cle en Angleterre. Contre la logique de contr&ocirc;le, les Anonymous ont repris la repr&eacute;sentation de ce visage donn&eacute; au cin&eacute;ma en 2006 par James Mc Teigue. <br \/>\nUtiliser un masque n&rsquo;est pas construire un nouveau visage mais c&rsquo;est pr&eacute;server son propre visage. L&rsquo;anonymous n&rsquo;est pas un effacement mais une conservation, une pr&eacute;servation. <br \/>\nCette logique de pr&eacute;servation face &agrave; la constitution des donn&eacute;es, en mettant en retrait son visage est exp&eacute;riment&eacute; selon une autre logique par Emmanuel Guez. En effet, le visage comme identifiant permettant d&rsquo;agr&eacute;ger un ensemble de pr&eacute;dicats est au coeur de la constitution en r&eacute;seau de l&rsquo;identit&eacute; mat&eacute;rielle et existentielle du sujet. En 2016, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;application Findface, un ensemble d&rsquo;internautes russes sur Dvach a con&ccedil;u une nouvelle chasse aux sorci&egrave;res. En prenant des captures d&rsquo;&eacute;cran des actrices de films pornographiques russes, ils ont mis les visages dans l&rsquo;application Findface, et ont retrouv&eacute; dans Vkontact, puis dans d&rsquo;autres sites qui &eacute;taient ces femmes pr&eacute;sentes dans ces films. Egor Tsvetkov, face &agrave; cette d&eacute;rive a cr&eacute;&eacute; une oeuvre mettant en avant la porosit&eacute; entre la pr&eacute;sence imm&eacute;diate du sujet dans sa vie et d&rsquo;autre part en quel sens son visage &eacute;tait un ID imm&eacute;diatement utilisable pour retrouver son identit&eacute; accumul&eacute;e dans les r&eacute;seaux sociaux. Pendant six semaines, il a pris des photographies d&rsquo;inconnu dans la rue, le m&eacute;tro ou d&rsquo;autres lieux publics et en utilisant Findface il a retrouv&eacute; leur identit&eacute; num&eacute;rique et a mis en confrontation des photographies qu&rsquo;is ont publi&eacute; sur internet. Le projet d&rsquo;Emmanuel Guez se b&acirc;tit dans une logique inverse. Fort du constat que la publication du visage sur internet est la publication d&rsquo;un ID d&eacute;termin&eacute;, il s&rsquo;est fait dispara&icirc;tre. Il a fait effacer toutes les photographies, il interdit toute photographie de son visage lors de colloques ou de manifestations. Dans cette logique il a m&ecirc;me ouvert un compte facebook, o&ugrave; nul portrait, nulle information n&rsquo;est donn&eacute;e. La logique de r&eacute;sistance est une logique de c&eacute;sure ontologique entre l&#8217;&ecirc;tre et le para&icirc;tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: larger;\"><em><strong>Une &eacute;thique du visage &agrave; l&rsquo;&egrave;re des r&eacute;seaux sociaux : la rencontre<\/strong><\/em><\/span><br \/>\nRejeter cat&eacute;goriquement la dimension num&eacute;rique de notre constitution peut sembler un voeux pieu. Les oeuvres mentionn&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment, ont d&rsquo;abord la vocation de nous faire r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; la logique hyperbolique du contr&ocirc;le.<br \/>\nIl ne s&rsquo;agit pas ici de rejeter, sachant que le d&eacute;veloppement exponentiel des technologies de surveillance du monde dans lequel nous vivons, de toute fa&ccedil;on va envelopper chaque r&eacute;alit&eacute; humaine progressivement. D&egrave;s lors, il s&rsquo;agit davantage de r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; une &eacute;thique, et sp&eacute;cifiquement &agrave; une &eacute;thique du visage au coeur des r&eacute;seaux. Pour comprendre cette possibilit&eacute;, nous allons tenter de saisir quelques enjeux propos&eacute;s par trois oeuvres digitales. <br \/>\nEn 1995, Maurice Benayoun d&eacute;veloppait l&rsquo;oeuvre<em><strong> le Tunnel de l&rsquo;Atlantique<\/strong><\/em>. Le dispositif se constituait en deux installations interactives situ&eacute;es pour l&rsquo;une &agrave; Paris et l&rsquo;autre &agrave; Montr&eacute;al. Les participants faisaient face &agrave; un tunnel : ils devaient creuser virtuellement des galeries. La mati&egrave;re &eacute;tait constitu&eacute;e d&rsquo;images et de r&eacute;f&eacute;rences artistiques. La finalit&eacute; &eacute;tait de l&rsquo;ordre de la rencontre virtuelle des deux participants distant dans l&rsquo;espace. Cet enjeu reposant sur le contraste des donn&eacute;es historiques rencontr&eacute;es par rapport &agrave; la pr&eacute;sence, d&rsquo;un coup virtuelle d&rsquo;autrui en temps r&eacute;el. M&eacute;taphore de notre activit&eacute; sur internet : le visage surgissant d&rsquo;autrui transcende les &eacute;l&eacute;ments de l&rsquo;univers du tunnel. Percevant l&rsquo;autre dans ce tunnel, je me r&eacute;v&egrave;le aussi &agrave; moi-m&ecirc;me en tant qu&rsquo;existant. Sa pr&eacute;sence surgissante fait appara&icirc;tre ma propre pr&eacute;sence de sujet. Le visage de l&rsquo;autre n&rsquo;est pas r&eacute;duit &agrave; une donn&eacute;e, mais il se d&eacute;tache des donn&eacute;es accumul&eacute;es comme mati&egrave;re du tunnel : il surgit comme un &ecirc;tre libre, h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne aux donn&eacute;es rencontr&eacute;es. La diff&eacute;rence ontologique est marqu&eacute;e par la surprise. <br \/>\nKyle Mac Donald avec <em><strong>Sharing faces<\/strong><\/em> (2013) nous offre une exp&eacute;rience de m&ecirc;me nature mais qui pose de mani&egrave;re plus visible la question &eacute;thique. Ce projet initialement a &eacute;t&eacute;  con&ccedil;u entre le Japon et  la Cor&eacute;e. Le dispositif est constitu&eacute; de deux &eacute;crans, l&rsquo;un en Cor&eacute;e, l&rsquo;autre au Japon. Partant du constat de la tension entre cor&eacute;en et japonais, Kyle Mac Donald, am&egrave;ne les participants &agrave; se voir dans les &eacute;crans comme dans un miroir. Mais leur reflet est constitu&eacute; des photos prises dans l&rsquo;autre territoire. Par une analyse posturologique, chaque position qu&rsquo;un participant prend actualise une photo d&rsquo;une m&ecirc;me posture capt&eacute;e dans l&rsquo;autre pays. Nous ne pouvons nous voir qu&rsquo;&agrave; travers autrui. Nous ne nous saisissons ainsi qu&rsquo;&agrave; travers l&rsquo;alter-ego, cet autre-moi qui n&#8217;est pas moi. Autrui n&rsquo;est pas r&eacute;duit &agrave; un ID, mais il est la m&eacute;diation n&eacute;cessaire &agrave; moi-m&ecirc;me en tant qu&rsquo;&ecirc;tre.   <br \/>\nJ&rsquo;aimerai finir par une r&eacute;flexion &eacute;thique &agrave; partir de l&rsquo;oeuvre phAUTOmaton que je d&eacute;veloppe depuis 2012. Cette oeuvre est interactive et participative, elle repose originellement sur la m&eacute;taphore commune : cela se lit sur le visage. Chaque participant est invit&eacute; &agrave; &eacute;crire un texte, qui va constituer son visage en lettres. La photographie r&eacute;alis&eacute;e est envoy&eacute;e imm&eacute;diatement sur un site internet, o&ugrave; elle rejoint les dizaines de milliers de phAUTOmatons qui ont &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; pris (plus de 20000). Cette oeuvre pose &agrave; la fois une critique de l&rsquo;espace social et des r&eacute;seaux sociaux internet. En effet, partant du constat de la r&eacute;partition des populations dans l&rsquo;espace r&eacute;el, l&rsquo;oeuvre phAUTOmaton reposant sur plusieurs cabines dispos&eacute;es &agrave; des endroits h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes socialement dans un m&ecirc;me territoire, permet de rassembler sur internet des visages qui ne se rencontrent pas dans l&rsquo;espace r&eacute;el. Ce qui fait visage et appartenance &agrave; cette communaut&eacute; des visages n&rsquo;est plus de l&rsquo;ordre de l&rsquo;inscription &eacute;conomique ou culturel, mais de l&rsquo;ordre ontologique de l&rsquo;inconditionnalit&eacute; humaine au sens de Agamben : le visage et le langage. De plus, sur internet : les visages sont anonymes, ils ne sont pas class&eacute;s selon un ordre temporel ou spatial, mais m&eacute;lang&eacute;s. Ceci obligeant toute personne qui veut retrouver son phAUTOmaton a regard&eacute; chaque portrait pour se retrouver. L&eacute;vinas &eacute;crit que le &laquo;&nbsp;visage et le discours sont li&eacute;s. Le visage parle. Il parle en ceci que c&#8217;est lui qui rend possible et commence tout discours.&quot; <strong><em>(Ethique et infini<\/em><\/strong>). <br \/>\nphAUTOmaton au lieu de r&eacute;duire le visage &agrave; une donn&eacute;e, ouvre la question de l&rsquo;inter-subjectivit&eacute;, o&ugrave; moi et l&rsquo;autre nous nous constituons en tant qu&rsquo;autre de visage et de langage. &laquo;&nbsp;Approcher Autrui, c&#8217;est encore poursuivre ce qui d&eacute;j&agrave; est pr&eacute;sent, chercher encore ce que l&#8217;on a trouv&eacute;, ne pas pouvoir &ecirc;tre quitte envers le prochain. Comme caresser. La caresse est l&#8217;unit&eacute; de l&#8217;approche et de la proximit&eacute;.&quot;&nbsp;(En d&eacute;couvrant l&#8217;existence avec Husserl et Heidegger (1967), Emmanuel Levinas)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le visage est devenu un enjeu majeur dans la mythologie du contr&ocirc;le : pr&eacute;sence physique analysable, il est la promesse par sa saisie, de la r&eacute;duction de l&rsquo;homme &agrave; un ensemble de donn&eacute;es qui par comparaison, pourra permettre une pr&eacute;diction. Le d&eacute;veloppement des IA portant sur l&rsquo;analyse faciale, &eacute;motionnelle, comportementale r&eacute;pond de cette tentation. L&rsquo;intuition de Heidegger, comme quoi la m&eacute;taphysique achev&eacute;e trouvait son assomption dans la cybern&eacute;tique est juste. Ce qui prend la place peu &agrave; peu de la compr&eacute;hension philosophique et anthropologique de l&rsquo;homme, tient de l&rsquo;analyse algorithmique et place le visage au coeur de ses enjeux. Paradoxe : c&rsquo;est parce que le visage est reconnu comme lieu de la singularit&eacute; ultime, seuil de la pens&eacute;e secr&egrave;te et int&eacute;rieure, qu&rsquo;il est l&rsquo;enjeu de sa saisie et de sa r&eacute;duction. Loin de nier cette &eacute;volution, et cette logique r&eacute;ductionniste, penser le visage en cette &egrave;re, n&rsquo;est certainement pas s&rsquo;opposer selon une dualit&eacute; binaire &agrave; l&rsquo;expansion technologique. Il s&rsquo;agit bien plut&ocirc;t de r&eacute;fl&eacute;chir, et d&egrave;s lors d&rsquo;imaginer les oeuvres, qui permettent de r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; l&rsquo;incongruence ontologique fondamentale entre le r&eacute;ductionnisme du visage et le visage. De r&eacute;fl&eacute;chir, en quel sens par le visage, une forme de restance hante toute r&eacute;duction et ouvre des possibles inter-subjectifs non assimilables aux seules logiques de la surveillance, de la pr&eacute;diction commerciale, &eacute;motionnelle, etc&hellip;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le visage de la cybern&eacute;tique Philippe Boisnard (Conf&eacute;rence pour le colloque &agrave; l&#8217;Universit&eacute; de St Etienne, octobre 2017) D&rsquo;une question de l&rsquo;&ecirc;tre Le visage de la cybern&eacute;tique. Ce titre est &agrave; lire dans le double sens du g&eacute;nitif : &agrave; la fois le visage compris par la cybern&eacute;tique, le visage compos&eacute; ou d&eacute;compos&eacute; au prisme [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[137,144,148,147,88,138,143,136,234,141,139,149,150,145,151,146,142,140],"class_list":["post-779","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-ai","tag-black-mirror","tag-chatonsky","tag-duncan-robson","tag-emmanuel-guez","tag-emotional-recognition-heidegger","tag-face","tag-ia","tag-intelligence-artificielle","tag-kyle-mcdonald","tag-levinas","tag-marnix-de-nijs","tag-maurice-benayoun","tag-minority-report","tag-phautomaton","tag-physiognomonie","tag-visage","tag-wiener"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/779","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=779"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/779\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":780,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/779\/revisions\/780"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=779"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=779"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=779"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}