{"id":77,"date":"2003-09-13T21:22:59","date_gmt":"2003-09-13T20:22:59","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=77"},"modified":"2003-09-13T21:22:59","modified_gmt":"2003-09-13T20:22:59","slug":"article-trouee-sonore-a-propos-de-joel-hubaut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=77","title":{"rendered":"[article] Trou\u00c3\u00a9e sonore (\u00c3\u00a0 propos de Jo\u00c3\u00abl Hubaut)"},"content":{"rendered":"<p>[article paru sur le site <a title=\"[site]\" href=\"http:\/\/hermaphrodite.fr\/article306\">Hermaphrodite<\/a>]<br \/>\nChristian Prigent, dans <em><strong>Ceux qui merdRent<\/strong><\/em> diss\u00c3\u00a9quant la question de la \u00c2\u00ab crise de la po\u00c3\u00a9sie \u00c2\u00bb, exprime le fait que loin de penser \u00c3\u00a0 une crise selon le sens consensuel des crises qui touchent et mettent en p\u00c3\u00a9ril des institutions, la crise est l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tat positif de la langue po\u00c3\u00a9tique, c\u00e2\u20ac\u2122est-\u00c3\u00a0-dire qu\u00e2\u20ac\u2122elle n\u00e2\u20ac\u2122est qu\u00e2\u20ac\u2122autant qu\u00e2\u20ac\u2122elle crisse, se creuse, cro\u00c3\u00aet et se brise dans l\u00e2\u20ac\u2122ab\u00c3\u00aeme d\u00e2\u20ac\u2122une langue qui s\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9bruite en creux au-del\u00c3\u00a0 du trou de la bouche. \u00c2\u00ab L\u00e2\u20ac\u2122enjeu est toujours de faire r\u00c3\u00a9sonner dans la langue quelque chose de vivant, quelque chose o\u00c3\u00b9 l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9poque et les sujets qui la vivent s\u00e2\u20ac\u2122expriment hors des codes appris et fondent avec cela, \u00c3\u00a0 chaque coup renouvel\u00c3\u00a9, la po\u00c3\u00a9sie \u00c2\u00bb, \u00c2\u00ab c\u00e2\u20ac\u2122est comme s\u00e2\u20ac\u2122il fallait \u00c3\u00a0 chaque fois d\u00c3\u00a9blayer le terrain et mettre la po\u00c3\u00a9sie en crise, pour que ressurgisse, nue et crue dans le trou ouvert, la question de la po\u00c3\u00a9sie \u00c2\u00bb. Crise de la po\u00c3\u00a9sie alors qui serait consubstantielle de sa survenue, ph\u00c3\u00a9nom\u00c3\u00a9nalement inscrite dans ses mots, chaque mot devenant l\u00e2\u20ac\u2122abc\u00c3\u00a8s crev\u00c3\u00a9 de sa langue, la crevasse cr\u00c3\u00a9\u00c3\u00a9e de la langue tenue, moul\u00c3\u00a9e selon le plan communicationnel moyen de la mondan\u00c3\u00a9it\u00c3\u00a9. Mettant ainsi en \u00c3\u00a9vidence l\u00e2\u20ac\u2122exp\u00c3\u00a9rience linguale de la po\u00c3\u00a9sie, Prigent, bien \u00c3\u00a9videmment, s\u00e2\u20ac\u2122il insiste pour une part sur le travail op\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9 par les avant-gardes qui ont fait TXT, notamment &#8211; entre autres &#8211; comme il le rappelait dans Le Mensuel de Bruxelles en avril 2003, Yves Froment qui nous a quitt\u00c3\u00a9 derni\u00c3\u00a8rement, cependant indiquait d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 une g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9alogie de langues se filant de Rabelais \u00c3\u00a0 Rimbaud, de Artaud \u00c3\u00a0 Pennequin. Car de fait, et jamais de droit, la po\u00c3\u00a9sie ne pouvant se figer dans une loi et un cadre, ce qu\u00e2\u20ac\u2122il \u00c3\u00a9nonce touche ou encore provient de chaque exp\u00c3\u00a9rience singuli\u00c3\u00a8re faite de la langue, de chaque exp\u00c3\u00a9rience qui ne s\u00e2\u20ac\u2122arr\u00c3\u00aate pas seulement au sens, mais prend avec soi la totalit\u00c3\u00a9 mat\u00c3\u00a9rielle de la phon\u00c3\u00a8. C\u00e2\u20ac\u2122est dans cette ligne g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9alogique que s\u00e2\u20ac\u2122inscrit <strong><em>Lissez les couleurs ! \u00c3\u00a0 ras l\u00e2\u20ac\u2122fanion<\/em><\/strong> de Jo\u00c3\u00abl Hubaut, paru aux \u00c3\u00a9ditions Al dante.<\/p>\n<p>De Jo\u00c3\u00abl Hubaut, on sait depuis maintenant belle lurette &#8211; 10 ans ? 20 ans ? 30 ? &#8211; qu\u00e2\u20ac\u2122il est grossiste en art, grossiste boucher, celui qui coupe dans la r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9, dans les collections-\u00c3\u00a9tiquet\u00c3\u00a9es du monde ossifi\u00c3\u00a9, pour construire ses architextures \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9miK, canc\u00c3\u00a9rales. Le travail de Hubaut, comme le soulignait encore Michel Giroud (Jo\u00c3\u00abl Hubaut, l\u00e2\u20ac\u2122excentrique, 2001), \u00c2\u00ab organise la d\u00c3\u00a9sorganisation du pseudo-ordre ossifi\u00c3\u00a9-gel\u00c3\u00a9 pour inventer un organique de la surprise, de l\u00e2\u20ac\u2122impr\u00c3\u00a9visible dynamique de la co\u00c3\u00afncidence non-calculable. (&#8230;) Espaces o\u00c3\u00b9 s\u00e2\u20ac\u2122affrontent les diverses cultures, Hubaut construit un espace \u00c3\u00a0 plusieurs dimensions non r\u00c3\u00a9ductibles \u00c3\u00a0 des \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ments simples ; \u00c3\u00a7a devient toujours de plus en plus obscur, de plus en plus imbriqu\u00c3\u00a9, de plus en plus tiss\u00c3\u00a9, de plus en plus dense, de plus en plus vivant, de plus en plus fictif, de plus en plus foisonnant \u00c2\u00bb. De Hubaut, on conna\u00c3\u00aet les rassemblements h\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9roclites d\u00e2\u20ac\u2122objets du quotidien taxinomi\u00c3\u00a9s \u00c3\u00a0 foison par rite ou rythme de couleurs (le rose, le jaune, etc&#8230;), on conna\u00c3\u00aet les amoncellements d\u00c3\u00a9charges qui sculptent un r\u00c3\u00a9el pr\u00c3\u00a9c\u00c3\u00a9demment aboli par la r\u00c3\u00a9alit\u00c3\u00a9 sociale du consum\u00c3\u00a9risme. Mais on conna\u00c3\u00aet moins sa langue tortueuse, tortur\u00c3\u00a9e, sa langue qui elle-m\u00c3\u00aame du trou combl\u00c3\u00a9 par la novlangue sociale surgit et s\u00e2\u20ac\u2122invente labyrinthe vivant d\u00e2\u20ac\u2122une \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9miK d\u00c3\u00a9mangeaison du souffle, du corps. Tel que le demande alors Giroud : \u00c2\u00ab et si le p\u00c3\u00a8re Hubaut \u00c2\u00bb, bubutant de sa boucle le blablattement de la langue, \u00c2\u00ab \u00c3\u00a9tait un nouveau romancier d\u00e2\u20ac\u2122une esp\u00c3\u00a8ce encore inconnue nous d\u00c3\u00a9roulant les rhapsodies idiotes de son r\u00c3\u00a9cit sans queue ni t\u00c3\u00aate, notre \u00c3\u00a9pop\u00c3\u00a9e terrestre si terriblement stupide \u00c2\u00bb ? Oui, et si ? Si, en effet, oui, tel semblerait \u00c3\u00aatre le cas, avec ce Lissez les couleurs, sorte de longue mono-rhapsodie en faveur d\u00e2\u20ac\u2122une langue qui \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122instar de ce que disait Prigent brise le carcan r\u00c3\u00a9ducteur des syntaxes conventionnelles. Dans ce texte, Hubaut, s\u00e2\u20ac\u2122il manifeste une autre origine linguale de l\u00e2\u20ac\u2122articulation, cependant reprend \u00c3\u00a0 son compte cette crise, ce creux qui d\u00c3\u00a9molit la langue fig\u00c3\u00a9e de la grammaire de Dieu ou des Nations. Et c\u00e2\u20ac\u2122est bien cela, tout d\u00e2\u20ac\u2122abord qu\u00e2\u20ac\u2122il faut remarquer. Texte qui n\u00e2\u20ac\u2122est pas la trace d\u00e2\u20ac\u2122une pr\u00c3\u00a9sence idiolectale d\u00e2\u20ac\u2122une ext\u00c3\u00a9riorit\u00c3\u00a9, mais qui prend \u00c3\u00a0 sa charge la critique de la fossilisation\/r\u00c3\u00a9duction de la ph\u00c3\u00a9nom\u00c3\u00a9nalit\u00c3\u00a9 de la langue par la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 et ses rep\u00c3\u00a8res castrateurs. Le fanion, ce fanion, qui appara\u00c3\u00aet au titre du livre, est celui aussi bien de la nationalit\u00c3\u00a9 linguistique que celui de la religion, que celui du territoire drap\u00c3\u00a9 sous le drapeau band\u00c3\u00a9. Ce drapeau se d\u00c3\u00a9couvre ainsi linceul de toute enfance idiolectale : il vient recouvrir la prolif\u00c3\u00a9ration \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9mique de l\u00e2\u20ac\u2122expression organique du dire, il vient l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9touffer comme la saucisse vient dans la gorge s\u00e2\u20ac\u2122enfoncer et r\u00c3\u00a9duire le cri ou le rire \u00c3\u00a0 n\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00aatre plus que gargouillis d\u00c3\u00a9pouill\u00c3\u00a9 de sa sonation. \u00c2\u00ab La langue de l\u00e2\u20ac\u2122origine de la morale contagieuse est comme une saucisse molle dans le trou de la masse infect\u00c3\u00a9e par Dieu avec le drapeau pour la puret\u00c3\u00a9 de la pens\u00c3\u00a9e unique et la langue est comme une saucisse molle qui colle le drapeau dans les poils de la pens\u00c3\u00a9e unique \u00c2\u00bb (p.24). La langue cadenass\u00c3\u00a9e, la langue moul\u00c3\u00a9e des territoires gel\u00c3\u00a9s, gain\u00c3\u00a9s, est mise en \u00c3\u00a9vidence par Hubaut selon un principe viral, une propagation elle-m\u00c3\u00aame \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9mique qui est venue s\u00e2\u20ac\u2122inculquer et s\u00e2\u20ac\u2122incuber dans les bouches ouvertes de ceux qui veulent parler. Ici, il faut souligner l\u00e2\u20ac\u2122ontologie de la novlangue, de la langue communicationnelle. Elle met en \u00c3\u00a9vidence que la morale de la langue n\u00e2\u20ac\u2122est pas naturelle, mais est maladive, est virale, sorte de d\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rescence cellulaire du dire qui s\u00e2\u20ac\u2122invagine des syntaxes purifi\u00c3\u00a9es et putr\u00c3\u00a9fi\u00c3\u00a9es des interdits aussi bien politiques que religieux (pouvons-nous \u00c3\u00a9viter de penser \u00c3\u00a0 Nietzsche ?). Ainsi l\u00e2\u20ac\u2122homme ne serait pas par essence ce \u00c2\u00ab zoon logon echon \u00c2\u00bb dont nous parlait originellement Aristote, pouvant ainsi le r\u00c3\u00a9duire \u00c3\u00a0 \u00c3\u00aatre un vivant politique (bios politikos), mais en \u00c3\u00a9cho \u00c3\u00a0 Nietzsche et \u00c3\u00a0 sa G\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9alogie de la morale, il indique que la langue sociale, la langue contr\u00c3\u00b4l\u00c3\u00a9e politiquement est \u00c3\u00a9tablie par une maladie du corps, une d\u00c3\u00a9ficience de sa possibilit\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 \u00c3\u00aatre puissante, provenant de son impossibilit\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 incarner sa volont\u00c3\u00a9. Geste de guerre, contre le clonage des mots dans la bouche, le texte selon cette premi\u00c3\u00a8re lecture est un pointage, une mise en lumi\u00c3\u00a8re de la r\u00c3\u00a9duction des articulations. \u00c2\u00ab Chaque langue est la copie de la langue du moule de la masse de la s\u00c3\u00a9rie du trou moul\u00c3\u00a9 dans la bouche et chaque homme appartient au moule commun du moulage de l\u00e2\u20ac\u2122homme et nous sommes tous des hommes bouch\u00c3\u00a9s dans la masse du moule d\u00e2\u20ac\u2122uniformisation et nous sommes tous des hommes mous dans ce moulage \u00c2\u00bb (p.17). Le trou de la bouche selon ce moulage est ainsi r\u00c3\u00a9duit \u00c3\u00a0 \u00c3\u00aatre bouch\u00c3\u00a9, emp\u00c3\u00aatr\u00c3\u00a9, dans \u00c2\u00ab la loi du moule \u00c2\u00bb, qu\u00e2\u20ac\u2122elle soit politique ou religieuse. Car c\u00e2\u20ac\u2122est bien l\u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122angle d\u00e2\u20ac\u2122attaque et d\u00e2\u20ac\u2122approche que suit depuis des ann\u00c3\u00a9es Hubaut, cette question du cloisonnement de l\u00e2\u20ac\u2122homme dans l\u00e2\u20ac\u2122id\u00c3\u00a9ologie, cloisonnement dont il t\u00c3\u00a9moigne par les couleurs tel qu\u00e2\u20ac\u2122il l\u00e2\u20ac\u2122explique \u00c3\u00a0 Thierry Heynen en 2001 pour la Galerie Marcel Duchamp &#8211; Yvet\u00c3\u00b4t. \u00c2\u00ab Les couleurs me semblent d\u00c3\u00a9terminantes dans les relations de territoires, qu\u00e2\u20ac\u2122on soit conqu\u00c3\u00a9rant ou seulement possesseur. Toute forme de propri\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 implique une protection qui peut virer \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tanch\u00c3\u00a9it\u00c3\u00a9 et au blindage totalement belliqueux ! (&#8230;) Je pense \u00c3\u00a0 toutes les formes r\u00c3\u00a9actionnaires d\u00e2\u20ac\u2122ultra-ethnisme, d\u00e2\u20ac\u2122ultra-nationalisme, d\u00e2\u20ac\u2122esprit sectaire et but\u00c3\u00a9 avec ce choix cat\u00c3\u00a9gorique d\u00e2\u20ac\u2122une couleur qu\u00e2\u20ac\u2122on brandit comme un drapeau \u00c2\u00bb. Du trou de la bouche, bouch\u00c3\u00a9e, langue moul\u00c3\u00a9e \u00c3\u00a0 la louche de ce qui la bouche, ne reste plus que les mots uniformis\u00c3\u00a9s, inculqu\u00c3\u00a9s, et capitalis\u00c3\u00a9s sous l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9gide des grands principes signifiants. Car parler la mass-langue bouch\u00c3\u00a9e ce n\u00e2\u20ac\u2122est que puiser dans le fatras mono-tone de la banque centrale de la langue an\u00c3\u00a9mi\u00c3\u00a9e, du nomos des mot mis aux pas. Face \u00c3\u00a0 cela, pour Hubaut : la possibilit\u00c3\u00a9 de la ligne rhizomique, se r\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rant indirectement \u00c3\u00a0 Deleuze et Guattari (n\u00e2\u20ac\u2122oublions pas qu\u00e2\u20ac\u2122il a travaill\u00c3\u00a9 avec Guattari). Face \u00c3\u00a0 cela une ligne de fuite de l\u00e2\u20ac\u2122idiolecte, d\u00e2\u20ac\u2122un idiome non-contamin\u00c3\u00a9 par les couleurs des drapeaux, non capitalis\u00c3\u00a9s par l\u00e2\u20ac\u2122industrie anale, ahanante du ventre des syntaxes officielles qui cr\u00c3\u00a9ent les \u00c3\u00a9trons \u00c3\u00a9touffants des langues-morts. C\u00e2\u20ac\u2122est ainsi que Lissez les couleurs peu \u00c3\u00a0 peu glisse dans l\u00e2\u20ac\u2122hubris d\u00e2\u20ac\u2122une langue qui devient prolifique, \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9miK par sa d\u00c3\u00a9composition en boucle de la logique des s\u00c3\u00a9quences phon\u00c3\u00a9tiques. La ligne de fuite n\u00e2\u20ac\u2122est pas par une abstraction ou un retranchement des mots, mais par leur foisonnement, leur multiplication par un \u00c3\u00a9touffement de contre-investissement. La langue prolifique se compose\/d\u00c3\u00a9compose \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122image de la fractale, s\u00c3\u00a9quence qui se d\u00c3\u00a9multiplie, et entre alors en r\u00c3\u00a9sonance avec les travaux CLOMIX (CLOM signifiant : Contre L\u00e2\u20ac\u2122Ordre Moral) , fractale \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9miK, \u00c3\u00a0 partir de m\u00c3\u00aame unit\u00c3\u00a9 phonique, d\u00c3\u00a9multiplier les profondeurs, les espaces soniques, les al\u00c3\u00a9as perturb\u00c3\u00a9s des syntagmes. Langue qui se fait miroir des travaux des monochromes, o\u00c3\u00b9 le but n\u00e2\u20ac\u2122est pas de seulement montrer le syst\u00c3\u00a8me concentrationnaire, m\u00c3\u00aame si c\u00e2\u20ac\u2122est l\u00e2\u20ac\u2122un de ses enjeux, mais de montrer que la multiplication conduit \u00c3\u00a0 la perturbation, aux dysfonctionnements, aux al\u00c3\u00a9atoires d\u00e2\u20ac\u2122une densit\u00c3\u00a9 mat\u00c3\u00a9rielle qui brise justement le syst\u00c3\u00a8me concentrationnaire. \u00c2\u00ab La couleur, c\u00e2\u20ac\u2122est juste un outil, une machinerie pour d\u00c3\u00a9clencher une d\u00c3\u00a9rive d\u00e2\u20ac\u2122exp\u00c3\u00a9riences parce que j\u00e2\u20ac\u2122aime la vie. Je parle de la couleur discriminante bien s\u00c3\u00bbr, mais \u00c3\u00a7a doit d\u00c3\u00a9passer largement cette probl\u00c3\u00a9matique. Tout est fuyant, la coh\u00c3\u00a9rence interne n\u00e2\u20ac\u2122est qu\u00e2\u20ac\u2122apparence, \u00c3\u00a9videmment, je travaille cette histoire de territoire de la pens\u00c3\u00a9e unique mais en m\u00c3\u00aame temps je me d\u00c3\u00a9bine ailleurs et je ne sais trop o\u00c3\u00b9 ! ! ! \u00c2\u00bb (entretien avec Thierry Heynen). Glissement, enlisement, emp\u00c3\u00a2tement des mots dans la bouche qui, peu \u00c3\u00a0 peu, lentement perdent leur moule, perdent les syntaxes conciliantes, se d\u00c3\u00a9lient de la grammaire et de la phonation intelligible, pour se r\u00c3\u00a9aliser dans une autre langue, non moul\u00c3\u00a9e, mais d\u00c3\u00a9moul\u00c3\u00a9e, non coll\u00c3\u00a9e au drapeau et \u00c3\u00a0 leurs couleurs. Ceci appara\u00c3\u00aet aux alentours des pages 60-61. Langue qui s\u00e2\u20ac\u2122exvagine du creuset o\u00c3\u00b9 elle est dig\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9e et emp\u00c3\u00aatr\u00c3\u00a9e, ou encore s\u00e2\u20ac\u2122exp\u00c3\u00a9rimente en marge de l\u00e2\u20ac\u2122intelligibilit\u00c3\u00a9 : \u00c2\u00ab on beurre le tule de l\u00e2\u20ac\u2122yau \u00c3\u00a0 frond dans sa bouche et toute la rale gouline les mouches et toute la rale gougou du rfana et toute la rale tiquele l\u00e2\u20ac\u2122dra dans la drouette \u00c2\u00bb (p.63) \u00c2\u00ab \u00c3\u00a9 gloupe l\u00c3\u00a9 glo du releu o brou la vliche o kolo o brou la briche \u00c3\u00a9 jecgue la rouche routs d\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9du \u00c2\u00bb (p.77). Langue de la d\u00c3\u00a9ch\u00c3\u00a9ance dirait le parlant-r\u00c3\u00a9gulier, arr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 la communication ma\u00c3\u00aetris\u00c3\u00a9e, langue d\u00e2\u20ac\u2122ali\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9 voire de d\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9. Mais non, et c\u00e2\u20ac\u2122est l\u00c3\u00a0 de ce trou, trou de la bouche qui se risque \u00c3\u00a0 cracher les \u00c3\u00a9trons qui lui ont \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 enfonc\u00c3\u00a9s, que sort une autre phon\u00c3\u00a8, celle-l\u00c3\u00a0 idiolectale, qui alors articule autrement les mots. Dans l\u00e2\u20ac\u2122horizon d\u00e2\u20ac\u2122Artaud, Hubaut pose la possibilit\u00c3\u00a9 de se reconstruire un corps neuf, un corps nouveau qui de sa bouche parle une langue qui n\u00e2\u20ac\u2122est pas \u00c3\u00a9touff\u00c3\u00a9e. Cette langue-corps est neuve non pas en tant qu\u00e2\u20ac\u2122elle invente, non pas parce que ses mots lui seraient propres, mais parce qu\u00e2\u20ac\u2122elle se construit autrement \u00c3\u00a0 partir des mots qui lui ont \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 enfonc\u00c3\u00a9s. L\u00e2\u20ac\u2122idiolectal n\u00e2\u20ac\u2122est pas une langue de l\u00e2\u20ac\u2122origine, c\u00e2\u20ac\u2122est la r\u00c3\u00a9g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9ration des articulations du langage-\u00c3\u00a9tron fich\u00c3\u00a9 dans la gorge : \u00c2\u00ab Tu peux arriver \u00c3\u00a0 modifier chaque mot-saucisse avec la colle de la charcuterie et plus tu colles ta langue et plus tu te d\u00c3\u00a9colles de ta bouche coll\u00c3\u00a9e \u00c3\u00a0 la bouche bourr\u00c3\u00a9e de saucisses \u00c2\u00bb (p.88). L\u00e2\u20ac\u2122 idiolectal ainsi n\u00e2\u20ac\u2122est pas puret\u00c3\u00a9, car la puret\u00c3\u00a9 tient toujours \u00c3\u00a0 la morale, \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9puration voulue au nom de Dieu et de la nation. La puret\u00c3\u00a9, c\u00e2\u20ac\u2122est ce qui refuse l\u00e2\u20ac\u2122obscurit\u00c3\u00a9, les zones d\u00e2\u20ac\u2122ombre du trou de la bouche et qui veut emplir ce trou des mots-saucisses de la mass-langue. Non, tout au contraire, l\u00e2\u20ac\u2122idiolectal est l\u00e2\u20ac\u2122impur, \u00c2\u00ab nouvelle langue impure, (&#8230;) une vraie langue impure qui jaillit hors du moule de la purification de la merde \u00c2\u00bb (p.89). D\u00c3\u00a9boucher le trou, c\u00e2\u20ac\u2122est alors accueillir une digestion \u00c3\u00a9pid\u00c3\u00a9miK qui ne vient plus d\u00e2\u20ac\u2122un totalitarisme linguistique, mais des accidentalit\u00c3\u00a9s possibles de cette d\u00c3\u00a9multiplication de la langue dans un corps singulier. Car \u00c2\u00ab ta langue est une nouvelle parole d\u00e2\u20ac\u2122amour pour l\u00e2\u20ac\u2122impuret\u00c3\u00a9 de la vie dans l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9nergie du monde et ta parole est une \u00c3\u00a9nergie pour l\u00e2\u20ac\u2122amour du monde \u00c2\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[article paru sur le site Hermaphrodite] Christian Prigent, dans Ceux qui merdRent diss\u00c3\u00a9quant la question de la \u00c2\u00ab crise de la po\u00c3\u00a9sie \u00c2\u00bb, exprime le fait que loin de penser \u00c3\u00a0 une crise selon le sens consensuel des crises qui touchent et mettent en p\u00c3\u00a9ril des institutions, la crise est l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tat positif de la langue [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11,6],"tags":[],"class_list":["post-77","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-une"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/77","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=77"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/77\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=77"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=77"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=77"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}