{"id":613,"date":"2017-01-15T09:12:57","date_gmt":"2017-01-15T08:12:57","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=613"},"modified":"2017-01-15T09:48:39","modified_gmt":"2017-01-15T08:48:39","slug":"a-propos-de-when-supervues-was-googled-and-ikeazed-demmanuel-guez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=613","title":{"rendered":"\u00c3\u20ac propos de When Supervues Was Googled (and Ikeazed) d&#8217;Emmanuel Guez"},"content":{"rendered":"<p>De face, un syst&egrave;me cardex de rangement. Il y a des fiches dedans. Chaque fiche, class&eacute;e par ordre alphab&eacute;tique &mdash; taxinomie la plus neutre &mdash; est une d&eacute;finition de ce petit meuble de rangement. Le contenu de l&#8217;oeuvre de Card File (1962) est tautologiquement l&#8217;oeuvre elle-m&ecirc;me. Le mot et la chose. Se produit par cette oeuvre de Robert Morris, un jeu de reflet, o&ugrave; s&#8217;entrelacent et se s&eacute;parent ind&eacute;finiment les deux r&eacute;f&eacute;rents de notre appr&eacute;hension. Les mots et les choses. &Agrave; la fiche &quot;erreurs&quot;, toutes les fautes d&#8217;orthographes diss&eacute;min&eacute;es sur les fiches, sont &eacute;grain&eacute;es. Les mots et choses, chaque incidence de la mat&eacute;rialit&eacute; est recens&eacute;e, d&eacute;taill&eacute;e sur une carte. <br \/>\nCette oeuvre de Robert Morris est inaugurale en quelque sorte de l&#8217;art conceptuel. Elle rencontrera en effet les recherches de <em>Art et langage<\/em>, o&ugrave; les textes de Joseph Kosuth viendront circonscrire la question tautologique du rapport de l&#8217;oeuvre &agrave; elle-m&ecirc;me, ceci en d&eacute;calage de la perspective suivie par Lewitt. <br \/>\nD&eacute;cembre 2016, pour les 10 ans de Supervues &agrave; l&#8217;H&ocirc;tel Burrhus de Vaison La Romaine. Chambre n&deg;3. Un petit espace d&#8217;art. Comme les 35 autres chambres. La chambre n&deg;3, sur un de ces murs, 36 cadres noirs IKEA, avec 36 fiches : When Supervues Was Googled (and Ikeazed). <br \/>\nUne fiche de description de l&#8217;oeuvre ainsi pr&eacute;sent&eacute;e et  35 fiches qui se donnent &agrave; lire &eacute;tant toutes standardis&eacute;es. Ce sont des fiches de renseignement &eacute;labor&eacute;es typologiquement par Emmanuel Guez. <br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/databaz.org\/images\/guez_1.jpg\" width=\"200\" height=\"150\" align=\"left\" alt=\"\" \/>Chaque fiche ob&eacute;it &agrave; un protocole pr&eacute;cis, dont le contenu, n&#8217;est aucunement &eacute;labor&eacute; par l&#8217;auteur de l&#8217;oeuvre, mais produit par l&#8217;usage des algorithmes de google. Sur chaque fiche, une oeuvre d&#8217;un des 35 artistes de l&#8217;h&ocirc;tel est affich&eacute;e, suivi de renseignements automatiquement g&eacute;n&eacute;r&eacute;s par l&#8217;usage de Google search et de google image : oeuvre + nom, temps de r&eacute;sultats, nombre de r&eacute;sultats (google rank), d&eacute;finitition probable &agrave; partir des &eacute;l&eacute;ments mis en recherche (le concept), images similaires selon Google.<br \/>\nL&#8217;oeuvre d&#8217;Emmanuel Guez, 53 ans apr&egrave;s Card File de Robert Morris, prolonge son intuition initiale. L&#8217;oeuvre enveloppe en elle-m&ecirc;me son contenant : elle met en perspective la totalit&eacute; des chambres contenues dans l&#8217;h&ocirc;tel et des artistes qui y exposent. Le mur est l&#8217;ensemble des chambres, mais non pas comme un catalogue (ce qui ne serait que cr&eacute;er une monographie), mais par un d&eacute;placement li&eacute; au r&eacute;seau. Un reflet diffractant.<br \/>\nEn effet, les fiches ne pr&eacute;sentent pas ce qui est pr&eacute;sent&eacute; mat&eacute;riellement dans l&#8217;h&ocirc;tel, mais la consistance m&eacute;diatique de chaque artiste selon leur pr&eacute;gnance dans la base de donn&eacute;e de Google. Ici, un &eacute;cart se produit par rapport par exemple au<em> Three chairs<\/em> de Jospeh Kosuth, ou bien encore au <em>Card File<\/em> de Robert Morris. <br \/>\nLa diff&eacute;rence provient du fait que ce n&#8217;est plus la d&eacute;finition du dictionnaire qui est convoqu&eacute;e (et son feed back questionnant par rapport &agrave; l&#8217;ontologie verticale platonicienne) ou bien la pr&eacute;sence visible de la chose, mais le lieu m&ecirc;me du surgissement des choses, pour les hommes du XXI&egrave;me si&egrave;cle : internet. Art after philosophy : le d&eacute;placement op&eacute;r&eacute; par Emmanuel Guez fait r&eacute;fl&eacute;chir non pas &agrave; l&#8217;essencialit&eacute; de la chose au sens post-platonicien, mais &agrave; l&#8217;indexation formelle du monde dans cette duplication algorithmique.  Si en effet, comme Kosuth l&#8217;exprime : &quot;<em>Les oeuvres d&#8217;art sont des propositions analytiques<\/em>&quot; &agrave; avoir ne trouvent leur consistance que dans la tautologie de leur propre &eacute;nonciation en tant que chose-art, se r&eacute;v&egrave;le alors dans la convocation synth&eacute;tique faite par Emmanuel Guez, que la consistance tautologique est mise en perspective par la fondation onto-technologique de la duplication en r&eacute;seau du monde. <br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/databaz.org\/images\/guez_2.jpg\" width=\"300\" height=\"400\" align=\"left\" alt=\"\" \/>Dans la d&eacute;marche d&#8217;Emmanuel Guez, en &eacute;cho aussi &agrave; Francis Ponge, l&#8217;approche &laquo;<em> est donc de consid&eacute;rer toutes choses comme inconnues, et de se promener ou de s&rsquo;&eacute;tendre sous bois ou sur l&rsquo;herbe, et de reprendre tout depuis le d&eacute;but.<\/em> &raquo; L&#8217;objeu d&#8217;Emmanuel Guez se produit par la m&eacute;diation du r&eacute;ceptacle infini des choses sur le r&eacute;seau : comment apparaissent les 35 artistes, qui sont-ils, non pas empririquement, non pas contextuellement dans le r&eacute;el, mais selon ce double qui a pr&eacute;tention de se substituer au <em>r&eacute;el<\/em>, ce calque du monde qui se constitue sur le web et notamment et surtout &agrave; travers le creuset de monde qu&#8217;a constitu&eacute; Google.  Chaque artiste pass&eacute; ainsi &agrave; la moulinette du double moteur de recherche, appara&icirc;t sous une nouvelle lumi&egrave;re : &agrave; la fois eux-m&ecirc;mes et autre. Identit&eacute; et diff&eacute;rence. Ils deviennent des <em>objeux<\/em> po&eacute;tiques dans les coincidences s&eacute;mantiques esth&eacute;tiques du moteur de recherche.<br \/>\nPar cette r&eacute;alisation Emmanuel Guez retrouve ainsi, mais dans l&#8217;enjeu du double embo&icirc;tement : espace r&eacute;el, espace num&eacute;rique, l&#8217;intuition conceptuelle de Robert Morris. Son oeuvre, qui n&#8217;est pourtant pas un <em>tribute to<\/em>, remet en perspective toute la pertinence de l&#8217;art conceptuel, repens&eacute; en liaison &agrave; la dimension num&eacute;rique de la repr&eacute;sentation du monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De face, un syst&egrave;me cardex de rangement. Il y a des fiches dedans. 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