{"id":519,"date":"2014-12-26T09:26:06","date_gmt":"2014-12-26T08:26:06","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=519"},"modified":"2014-12-26T09:26:15","modified_gmt":"2014-12-26T08:26:15","slug":"premier-manifeste-pour-une-poesie-action-numerique-pan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=519","title":{"rendered":"Premier Manifeste pour une Po\u00c3\u00a9sie Action Num\u00c3\u00a9rique (PAN)"},"content":{"rendered":"<p>Le terme de po&eacute;sie action a &eacute;t&eacute; introduit depuis maintenant plus de 50 ans par Bernard Heidsieck. Il le d&eacute;finissait selon une forme de n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;arracher la po&eacute;sie de sa passivit&eacute; textuelle. La passivit&eacute; textuelle est &agrave; comprendre comme la po&eacute;sie faite pour les livres, une po&eacute;sie d&eacute;pos&eacute;e au creux du livre et qui au mieux est r&eacute;activ&eacute;e par la lecture de l&rsquo;auteur (tant d&rsquo;auteurs pensent faire soit de la po&eacute;sie sonore, soit une action po&eacute;tique, alors qu&rsquo;ils ne font qu&rsquo;interpr&eacute;ter un texte, y rester coller, sacralisant leur texte au point d&rsquo;amener le livre &eacute;dit&eacute; lui-m&ecirc;me), tenant avec gr&acirc;ce son livre, entre ses mains, la t&ecirc;te droite, assis, avec quelques techniques de sonorisation faites pour l&rsquo;empathie de l&rsquo;&eacute;coute. &ldquo;Faire faire &agrave; la po&eacute;sie ce saut hors de la page &mdash;&nbsp;r&eacute;volutionnaire en soi, reconnaissons-le, reconnaissez-le &mdash;&nbsp;cela apr&egrave;s un nombre de si&egrave;cles d&rsquo;intimit&eacute; amoureuse, de jeux, de connivences et complaisances avec la typographie, c&rsquo;&eacute;tait un peu comme proc&eacute;der &agrave; une c&eacute;sarienne.&rdquo; (Notes convergentes, p.168). <br \/>\nCar, oui, la po&eacute;sie action, et une de ses modalit&eacute;s la po&eacute;sie sonore, s&rsquo;arrache de la sacralisation du support papier, du cadre d&rsquo;&eacute;criture, pour poser une po&eacute;sie action directe, pour reprendre les termes de Heidsieck. La po&eacute;sie pour lui se devait d&rsquo;agir, d&rsquo;&ecirc;tre &ldquo;dans l&rsquo;instant, nue, sans filet ni circonvolutions.&rdquo; (p.285). La po&eacute;sie action vient rompre la distance du lecteur-po&egrave;te avec son texte, cette distance qui se cr&eacute;e dans la lecture, dans l&rsquo;&eacute;cart qu&rsquo;il y a entre un texte et son auteur. Avec la po&eacute;sie action, c&rsquo;est dans le moment de vie du po&egrave;te, dans l&rsquo;instant de la perfomance, que se cr&eacute;e la po&eacute;sie, elle ne pr&eacute;existe qu&rsquo;en tant que potentialit&eacute; qui pour s&rsquo;actualiser exige la vie, la voix, le corps, le dispositif impliqu&eacute; par le po&egrave;te. &ldquo;L&rsquo;oeuvre et l&rsquo;&ecirc;tre, l&rsquo;espace d&rsquo;un instant ne font plus qu&rsquo;un&rdquo; (p.285).<br \/>\nLa po&eacute;sie action num&eacute;rique prolonge cette perspective, mais red&eacute;finit de fait, par les m&eacute;diations qu&rsquo;elle utilise, certaines conditions ou d&eacute;terminations de la po&eacute;sie action pens&eacute;e par Heidsieck ou bien Julien Blaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Transformation de l&rsquo;espace<br \/>\nLa relation &agrave; l&rsquo;espace dans la po&eacute;sie action est celle de la contiguit&eacute; des &eacute;l&eacute;ments de la performance. Le lieu n&rsquo;est pas neutralis&eacute;, n&rsquo;importe quel lieu n&rsquo;est pas identique &agrave; n&rsquo;importe quel autre lieu. Si, en effet, cette po&eacute;sie plonge dans l&rsquo;instant de sa pr&eacute;sence le po&egrave;te, alors il est en synergie avec l&rsquo;espace, il peut en jouer, il se place en relation de contiguit&eacute; aussi bien avec le plublic, qu&rsquo;avec les divers &eacute;l&eacute;ments qui en constituent l&rsquo;espace. C&rsquo;est ce qui d&eacute;finit parfaitement les interventions de Julien Blaine, telles ses d&eacute;clar&rsquo;actions : elles viennent habiter le lieu, il inclut dans sa d&eacute;claration\/lecture, l&rsquo;espace et agit dedans.<br \/>\nMais la contiguit&eacute; des &eacute;l&eacute;ments si elle peut &ecirc;tre imm&eacute;diate, elle peut aussi &ecirc;tre m&eacute;diates si on imagine un dispositif &agrave; distance, l&rsquo;usage de certaines m&eacute;diations, telle Esther Ferrer qui en 2008 &agrave; P&eacute;rigueux lors du festival Expo&eacute;sie, utilisant un micro-audio sans fil, accomplit son action, &agrave; la fois sur sc&egrave;ne et dans la rue, les spectateurs dans la salle continuant &agrave; l&rsquo;entendre.<br \/>\nMais pour revenir &agrave; la contiguit&eacute; dans la po&eacute;sie action, revenons sur le dispositif qu&rsquo;a cr&eacute;&eacute; Bernard Heidsieck. Dans ses lectures, le po&egrave;te est en relation avec une bande qui se d&eacute;roule au fur et &agrave; mesure de sa lecture. Tous les &eacute;l&eacute;ments sont dans un m&ecirc;me espace. La voix du po&egrave;te ne vient pas transformer ce qui a lieu, elle s&rsquo;y m&ecirc;le, elle s&rsquo;y colle pour cr&eacute;er la dimension r&eacute;elle de la po&eacute;sie. La bande seule est ainsi incompl&egrave;te sans ce suppl&eacute;ment de vie qui ne peut avoir lieu que dans le moment de la lecture. Cependant, et c&rsquo;est l&agrave; une des limites de la po&eacute;sie action de Heidsieck, parce que la bande est pr&eacute;enregistr&eacute;e, la po&eacute;sie sonore, si en effet elle est vivante de par la pr&eacute;sence du po&egrave;te, elle en reste &agrave; un temps et une mati&egrave;re tr&egrave;s d&eacute;termin&eacute;e, voire peu changeante au sens o&ugrave; le r&eacute;sultat pens&eacute; implique sp&eacute;cifiquement la pr&eacute;sentation publique, et une forme de lecture qui va &ecirc;tre ma&icirc;tris&eacute;e. <br \/>\nLes actions si elles interviennent sur ce qui a lieu, comme Henri Chopin acc&eacute;l&eacute;rant ou ralentissant une bande, comme le po&egrave;te performer manipulant des objets (telle la PTT de Michel Giroud, pouvant jouer avec de tr&egrave;s nombreux objes mis en place dans une relation linguistique, ou bien encore des performances comme Ec&rsquo;fruiture de Julien Blaine, etc&hellip;) reste que ce qui est vu par le spectateur est toujours ce qui est l&agrave;, dans une relation mat&eacute;rielle. L&rsquo;intervention est celle d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments empiriquement donn&eacute;s, analogiquement d&eacute;finis et pos&eacute;s dans une relation de contiguit&eacute;. Le corps explore les potentialit&eacute;s pr&eacute;sentes dans la dimension physique, et joue selon les d&eacute;terminations physiques sp&eacute;cifiques, ob&eacute;issant aux logiques d&rsquo;interaction permises par les diff&eacute;rents &eacute;l&eacute;ments.  De m&ecirc;me les lectures vid&eacute;os ne se d&eacute;marquent pas de cela, l&rsquo;&eacute;cran est un &eacute;l&eacute;ment juxtapos&eacute;, et quand par exemple Joachim Montessuis d&eacute;veloppe sa po&eacute;sie bruitiste improvis&eacute;e en m&ecirc;me temps que La danse des fous, alors il y a rapport entre des &eacute;l&eacute;ments pr&eacute;sents, ils se combinent et s&rsquo;affectent, mais on en reste &agrave; la relation d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments donn&eacute;s dans un r&eacute;el empirique. <br \/>\nDans chacune de ces cr&eacute;ations le po&egrave;te rencontre des &eacute;l&eacute;ments, rencontre de la mati&egrave;re dans son action, mais celle-ci est constitu&eacute;e dans un monde qui nous appara&icirc;t imm&eacute;diatement. Les actions du po&egrave;te ne d&eacute;passent pas le cadre de cette dimension et des relations d&eacute;termin&eacute;es sp&eacute;cifiquement selon les modes de chaque &eacute;l&eacute;ment.<\/p>\n<p>Interaction avec la voix <br \/>\nLa voix frappe le tympan. La voix frappe les murs. La voix agit par sa tonalit&eacute;, la voix a beau crier jamais la tasse ne bougera, la voix peut &ecirc;tre amplifi&eacute;e, jamais elle ne fera pas bouger les murs. Tout au plus, parviendra-t-elle, par son souffle, &agrave; d&eacute;placer quelques bouts de papiers, &agrave; faire s&rsquo;envoler une plume de duvet, &agrave; faire vibrer par infra-basse un mur. La voix souffle, elle reste mat&eacute;rielle, m&ecirc;me si sa mat&eacute;rialit&eacute; peut bouger les esprits, peut foudroyer un corps, notamment par amplification, peut intensifier les sensations et nos affects (travail sur les fr&eacute;quences entre autre). <br \/>\nLa voix pourtant peut devenir, si elle est capt&eacute;e, interactive avec tout un monde. La voix par l&rsquo;extension du virtuel num&eacute;rique peut devenir aussi physique qu&rsquo;un corps solide, peut pousser, arracher, d&eacute;placer, acc&eacute;l&eacute;rer, arr&ecirc;ter, faire tourner, la voix peut g&eacute;n&eacute;rer, faire na&icirc;tre des mat&eacute;rialit&eacute;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes avec sa propre nature. Ex.1 : Si on consid&egrave;re par exemple la performance de Philippe Castellin, la po&eacute;sie n&rsquo;est pas, on s&rsquo;aper&ccedil;oit que si pour une part, il est dans une po&eacute;sie action avec projection vid&eacute;o (montage des sc&egrave;nes de cin&eacute;ma o&ugrave; dans la traduction appara&icirc;t le mot po&eacute;sie), il d&eacute;passe la seule dimension de contiguit&eacute; entre des &eacute;l&eacute;ments pr&eacute;sents, par le fait que la voix va venir transformer ce qui est vu : notamment des &eacute;nonc&eacute;s qui se cr&eacute;ent al&eacute;atoirement, et qui selon certains accents de la voix vont &ecirc;tre amplifi&eacute;s visuellement. On entre dans une trans-mat&eacute;rialit&eacute; qui permet des effets synesth&eacute;tiques. La voix se traduit en espace, elle devient mat&eacute;riellement entendue. Cette possibilit&eacute;, cette extension de ses possibles est permise par la dimension num&eacute;rique. Il n&rsquo;y a plus juxtaposition des &eacute;l&eacute;ments dans l&rsquo;espace, mais cr&eacute;ation d&rsquo;un nouvel espace relationnel, et ceci par la traduction mat&eacute;rielle de la voix num&eacute;riquement. C&rsquo;est ainsi une interaction transmat&eacute;rielle et transdimensionnelle qui a lieu. <br \/>\nLa notion de virtualit&eacute; num&eacute;rique de la voix ne renvoie pas &agrave; une forme d&rsquo;autre monde, mais bien davantage d&rsquo;extension de la modalit&eacute; causale de la voix. Le spectre de ses actions possibles est ouvert. Ce qu&rsquo;elle d&eacute;clenche n&rsquo;appartient plus &agrave; la logique causale qui est ontologiquement rattach&eacute;e &agrave; son &ecirc;tre mat&eacute;riel. L&rsquo;&ecirc;tre de la voix s&rsquo;ouvre davantage, d&eacute;plie un univers de potentialit&eacute;s non explorables selon ses conditions ontologiques premi&egrave;res. <br \/>\nEx.2 : Dans Id&eacute;es noires, r&eacute;alis&eacute;es en avril 2008 &agrave; la SGDL, la voix devient matrice, g&eacute;n&eacute;rative. Selon les intensit&eacute;s de la voix, naissent des lettres &agrave; l&rsquo;&eacute;cran. Les fr&eacute;quences sp&eacute;cifiques sont interpr&eacute;t&eacute;es par l&rsquo;interface num&eacute;rique, et enra&icirc;nent selon leur variation la cr&eacute;ation de particules de lettres qui tirent leur mouvement des intensit&eacute;s de chaque fr&eacute;quence. La voix fait na&icirc;tre, donne vie mat&eacute;rielle, mais en plus elle est l&rsquo;intensit&eacute; des particules mat&eacute;rielles. Ce n&rsquo;est plus le souffle mat&eacute;riel, mais la trans-mat&eacute;rialit&eacute; permise par l&rsquo;interface qui ouvre ce champ de potentiel.<\/p>\n<p>On saisit ainsi qu ece qui d&eacute;termine la po&eacute;sie action num&eacute;rique, tient au fait que le po&egrave;te ou la cr&eacute;ation n&rsquo;est pas saisie du point de vue de la permanence de l&rsquo;&ecirc;tre (vision essentialiste de l&rsquo;oeuvre), mais bien plus elle est pens&eacute;e selon la relation de l&rsquo;action. Si on consid&egrave;re l&rsquo;oeuvre et le po&egrave;te selon une repr&eacute;sentation ontologique de l&rsquo;&ecirc;tre, alors en effet on se coupe la compr&eacute;hension de la relation. Tel que l&rsquo;&eacute;non&ccedil;ait Heidegger, l&rsquo;&ecirc;tre-l&agrave;, n&rsquo;est pas une r&eacute;alit&eacute; en soi, sans porte et sans fen&ecirc;tre, tel qu&rsquo;il l&rsquo;&eacute;nonce reprenant la d&eacute;finition leibnizienne de la monade, mais tout au contraire, nous sommes toujours jet&eacute;s dans un projet, nous sommes ouverture, non pas sujet ouvert, mais nous sommes le trait d&rsquo;union entre le monde et la r&eacute;alit&eacute; mat&eacute;rielle de notre corps. Nous nous d&eacute;finissons comme action, comme mouvement, comme &ecirc;tre-trans-actionnel. <br \/>\nDe ce fait, ce qui importe, ce n&rsquo;est pas la discrimination entre r&eacute;alit&eacute; r&eacute;elle (ontologie de l&rsquo;&ecirc;tre donn&eacute; nayurellement) et r&eacute;alit&eacute; virtuelle (sorte de r&eacute;alit&eacute; non mat&eacute;rielle), mais de comprendre comment si nous sommes d&rsquo;abord et avant tout action, nos actions sont transform&eacute;es du point de vue de leur potentialit&eacute; enrencontrant ce qui est permis par les r&eacute;alit&eacute;s et les interactivit&eacute;s li&eacute;es aux dimensions num&eacute;riques.<\/p>\n<p>De l&rsquo;espace<br \/>\nLa po&eacute;sie action num&eacute;rique, met en question la dimension m&ecirc;me de l&agrave; o&ugrave; intervient la performance. L&rsquo;espace n&rsquo;est plus celui que je per&ccedil;ois physiquement, mais il peut s&rsquo;ouvrir, il est celui o&ugrave; s&rsquo;nscrit mes actions. L&rsquo;espace, &agrave; savoir le lieu d&rsquo;action po&eacute;tique, le lieu o&ugrave; s&rsquo;implique la pr&eacute;sence du po&egrave;te.<br \/>\na\/ Les lectures vid&eacute;os n&rsquo;appartiennent pas &agrave; la dimension de la po&eacute;sie action num&eacute;rique. La lecture vid&eacute;o est la juxtaposition de deux espaces sans interaction entre les deux. Certes il y a relations, mais elles se d&eacute;finissent comme des interactions du sens, des &eacute;chos, des ad&eacute;quations, mais pas des interactions d&rsquo;un m&eacute;dium dans l&rsquo;autre. Tandis que le po&egrave;te lit, ou performe, la vid&eacute;o se d&eacute;roule, r&eacute;pond, les mots rebondissent sur l&rsquo;image, mais la voix ne transforme pas le m&eacute;dium de l&rsquo;image, comme celui de l&rsquo;image ne transforme pas la mat&eacute;rialit&eacute; de la voix. La po&eacute;tique de ces performances est celle d&rsquo;un simultan&eacute;isme mat&eacute;riel et du sens, celle d&rsquo;un parall&egrave;lisme. Aucunement une po&eacute;tique de l&rsquo;interaction.<br \/>\na\/ Pour bien comprendre ce qui a lieu, il faut s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; ce que l&rsquo;on nomme les r&eacute;alit&eacute;s augment&eacute;es. Les r&eacute;alit&eacute;s augment&eacute;es sont des transformations du r&eacute;el &agrave; partir d&rsquo;une captation. Les actions faites dans le r&eacute;el quand on les voit capter, sont transform&eacute;es, augment&eacute;es d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments num&eacute;riques : images\/vid&eacute;os 3D. Ce proc&eacute;d&eacute; transforme notre rapport &agrave; l&rsquo;espace. Il n&rsquo;y a pas un espace, mais plusieurs, et m&ecirc;me on pourrait imaginer une forme  d&rsquo;infinit&eacute;. Si la r&eacute;alit&eacute; c&rsquo;est ce que je consruis par l&rsquo;implication de ma conscience et de ses possibilit&eacute;s d&rsquo;action, alors ce que je fais virtuellement est aussi r&eacute;el que ce que je fais r&eacute;ellement. Je ne tiens pas un capteur, mais je tiens aussi un marteau, ou bien une &eacute;p&eacute;e de chevalier, ou bien encore un volant. Le virtuel, ou encore la dimension num&eacute;rique n&rsquo;est pas irr&eacute;elle, mais c&rsquo;est une extension de notre r&eacute;el, la possibilit&eacute; ici d&rsquo;expanser l&rsquo;ici de l&rsquo;action selon de nouvelles possibilit&eacute;s, de le dilater, de le d&eacute;plier, de cr&eacute;er une nouvelle perspective d&rsquo;implication de la conscience et de l&rsquo;action. <br \/>\nb\/ La po&eacute;sie action num&eacute;rique, telle que nous devons la concevoir est li&eacute;e aux avanc&eacute;es des r&eacute;alit&eacute;s augment&eacute;es. Quand avec Hortense Gauthier, nous pr&eacute;sentons Kleine Maschine[cf. Image 1], peuvent &ecirc;tre observ&eacute;s plusieurs traits sp&eacute;cifiques : si Hortense Gauthier est sur sc&egrave;ne simultan&eacute;ment elle se retrouve dans un espace qui augmente et prolonge sa pr&eacute;sence empirique : l&rsquo;univers o&ugrave; elle est impliqu&eacute;e est celui de la dimension virtuelle de l&rsquo;&eacute;cran o&ugrave; sa pr&eacute;sence est resitu&eacute;e. Mais conrairement &agrave; une simple incrustation, sa pr&eacute;sence est active dans cette dimension, elle agit dans celle-ci. Il n&rsquo;y a pas contiguit&eacute; mais il y a empi&egrave;tement r&eacute;ciproque de l&rsquo;un sur l&rsquo;autre. Il y a entrelacement : un geste de la main peut changer l&rsquo;ordre des phrases qui l&rsquo;entourent, un souffle ou bien un cri, transformer des phrases, les acc&eacute;l&eacute;rer dans leur d&eacute;placment, produire un chaos de lettres. L&rsquo;incrustation, si elle est passive, elle ne peut pr&eacute;tendre &agrave; cette logique de r&eacute;alit&eacute; augment&eacute;e, c&rsquo;est parce que le corps capt&eacute; dans l&rsquo;&eacute;cran agit dans la r&eacute;alit&eacute; de l&rsquo;&eacute;cran et de ses &eacute;lements, qu&rsquo;il y a interaction. L&rsquo;espace de l&rsquo;&eacute;cran n&rsquo;est plus alors une r&eacute;alit&eacute; fig&eacute;e, mais bien un espace d&rsquo;action, un espace d&rsquo;action num&eacute;rique. <br \/>\nc\/ De m&ecirc;me, la po&eacute;sie action num&eacute;rique permet une transformation des perceptions sensorielles des interactions. La po&eacute;sie action num&eacute;rique est la possibilit&eacute; d&rsquo;actions qui d&eacute;place les rep&egrave;res sensoriels, et les d&eacute;terminations ontiques des composantes sensorielles : un son devient visuel. Une image devient sonore. La possibilit&eacute; synesth&eacute;tique des actions mat&eacute;riellement d&eacute;termin&eacute;es, ouvre &agrave; des op&eacute;rations que l&rsquo;on pourrait dire magique et des interrelations qui ont parti li&eacute; &agrave; l&rsquo;art de l&rsquo;illusionnisme. Si je consid&egrave;re la performance faite lors du festival acces-s avec Julien Blaine et Hortense Gauthier : Hortense Gauthier sur sc&egrave;ne tourne nue sur elle-m&ecirc;me, &agrave; l&rsquo;&eacute;cran on la per&ccedil;oit au milieu de lettres : son mouvement d&eacute;termine la luminescence des lettres : plus elle tourne vite plus les lettres brillent. Mais le mouvement des lettres est d&eacute;termin&eacute; par Julien Blaine qui est de dos par rapport &agrave; elle et face au public. La voix de Julien Blaine agit sur l&rsquo;univers augment&eacute; de la pr&eacute;sence d&rsquo;Hortense Gauthier. Sa voix devient mouvement vibrant de particules de l&rsquo;alphabet qui dans le crescendo de la voix deviennent tourbillon, cyclone. <br \/>\nLa po&eacute;sie action num&eacute;rique ouvre toutes ces potentialit&eacute;s. La question de la synesth&eacute;sie prend toute son ampleur avec les possibilit&eacute;s d&rsquo;interactions. Il y a d&eacute;passement du cadre empirique donn&eacute; et cr&eacute;ation de nouvelles relations sensibles entre les &eacute;lements, qui am&egrave;nent que chaque po&eacute;sie action num&eacute;rique propose une nouvelle logique de monde. Ainsi, dans une oeuvre r&eacute;cente [cf. Image 2], qui est un hommage &agrave; An&eacute;mic Cin&eacute;ma de Marcel Duchamp (1926), reprenant l&rsquo;esth&eacute;tique des rotoreliefs, cependant, je la repose dans l&rsquo;horizon de possibilit&eacute;s causales num&eacute;riques. La mati&egrave;re 3D n&rsquo;est pas pr&eacute;enregistr&eacute;e, elle est produite non &agrave; partir d&rsquo;&eacute;lements mat&eacute;riels, mais &agrave; partir de la fr&eacute;quence des sons. Ainsi que cela soit la texture visible, que cela soit les formes, que cela soit les mouvements, c&rsquo;est l&rsquo;analyse du son que je produis en temps r&eacute;el, qui cr&eacute;e l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>En conclusion provisoire &agrave; ces recherches. Il est tr&egrave;s important de se rendre compte des enjeux qui ont lieu avec les technologies num&eacute;riques, non pour tomber dans la fascination de la technologie, mais pour retrouver les accords magiques, de feu et d&rsquo;intensit&eacute; qui am&egrave;nent que la po&eacute;sie poss&egrave;de une v&eacute;rit&eacute; qui transcende le donn&eacute; imm&eacute;diat et constitu&eacute; m&eacute;diatement selon la rationalit&eacute;. Si la po&eacute;sie est faite de mots, ces mots ne sont pas fi&eacute;s et &eacute;tablis dans le seul m&eacute;dium de l&rsquo;&eacute;criture. Bien plus, le langage se doit d&rsquo;investir toutes les dimensions de nos actions, toutes les possibilit&eacute;s de r&eacute;sonance de notre &ecirc;tre-au-monde. C&rsquo;est pour cela que la Po&eacute;sie action num&eacute;rique repr&eacute;sente un tournant de la po&eacute;sie action, non pas un affranchissement, mais une poursuite des enjeux de celle-ci dans le contexte &eacute;poqual des possibilit&eacute;s de communication du langage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le terme de po&eacute;sie action a &eacute;t&eacute; introduit depuis maintenant plus de 50 ans par Bernard Heidsieck. Il le d&eacute;finissait selon une forme de n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;arracher la po&eacute;sie de sa passivit&eacute; textuelle. 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