{"id":380,"date":"2013-08-28T18:02:05","date_gmt":"2013-08-28T17:02:05","guid":{"rendered":"http:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?page_id=312\/?p=380"},"modified":"2013-08-28T18:02:05","modified_gmt":"2013-08-28T17:02:05","slug":"manutensions-ecriture-en-extension","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/databaz.org\/xtrm-art\/?p=380","title":{"rendered":"MANUTENSIONS (\u00c3\u00a9criture en extension)"},"content":{"rendered":"\n<p><iframe loading=\"lazy\" frameborder=\"0\" width=\"480\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/xd4ion\"><\/iframe><br \/><a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xd4ion_station-6-giney-ayme-dispositif-mul_creation\" target=\"_blank\">STATION 6 Giney AYME Dispositif multim&eacute;dia&#8230;<\/a> <i>par <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/giney\" target=\"_blank\">giney<\/a><\/i><\/p>\n<p>\nDIFFUSION<br \/>\n&#8211; Les instants vid\u00c3\u00a9os &#8211; Marseille &#8211; octobre 2011.<br \/>\n&#8211; La coop\u00c3\u00a9rative &#8211; Montaulieu &#8211; novembre 2011.<br \/>\n&#8211; L&#8217;\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 des arts &#8211; Le CRANE &#8211; juillet 2011.<br \/>\n&#8211; Databaz &#8211; Angoul\u00c3\u00aame &#8211; mars 2011.<\/p>\n<p>TEXTE DE XAVIER MALBREIL apr\u00c3\u00a8s la MANU TENSION du 19 mars 2011 \u00c3\u00a0 La Coop\u00c3\u00a9rative CENTRE d&#8217;ART et de LITTERATURE de Montolieu :<br \/>\nManu Tension, \u00c3\u00a7a me rappelle quelque chose\u00e2\u20ac\u00a6<\/p>\n<p>Ann\u00c3\u00a9es 30. Il y a ce film, un vieux film en noir et blanc, dans lequel on voit un petit bonhomme serrer des boulons \u00c3\u00a0 toute vitesse, mais jamais assez vite. Il court apr\u00c3\u00a8s le tapis roulant mais le tapis roulant court plus vite que lui, et pour finir il se casse la figure, il court apr\u00c3\u00a8s le boulon perdu au risque de se faire broyer par des roues dent\u00c3\u00a9es\u00e2\u20ac\u00a6 des roues dent\u00c3\u00a9es, tiens c\u00e2\u20ac\u2122est bizarre cette expression\u00e2\u20ac\u00a6 Et j\u00e2\u20ac\u2122ai lu il n\u00e2\u20ac\u2122y a pas si longtemps l\u00e2\u20ac\u2122expression \u00c2\u00ab vagin dent\u00c3\u00a9 \u00c2\u00bb, c\u00e2\u20ac\u2122est rare de la voir \u00c3\u00a9crite, il me semblait qu\u00e2\u20ac\u2122elle ne sortait jamais des livres de psychanalyse et d\u00e2\u20ac\u2122ethnologie, attends, oui, c\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tait une \u00c3\u00a9tudiante, qui faisait sa grosse crise de confusion, et qui, allez, balan\u00c3\u00a7ait du \u00c2\u00ab vagin dent\u00c3\u00a9 \u00c2\u00bb \u00c3\u00a0 tout va, enfin\u00e2\u20ac\u00a6 je me perds.<\/p>\n<p>Ce petit bonhomme dans ce vieux film perturbe le travail des autres, alors qu\u00e2\u20ac\u2122au fond tout ce qu\u00e2\u20ac\u2122il aurait voulu c\u00e2\u20ac\u2122est s\u00e2\u20ac\u2122inscrire dans le mouvement, se faire oublier, pour gagner de l\u00e2\u20ac\u2122argent et subvenir aux besoins d\u00e2\u20ac\u2122une vagabonde qu\u00e2\u20ac\u2122il a recueillie. Comme ses gestes ne sont pas les bons, il tord le nez du contrema\u00c3\u00aetre en croyant serrer des boulons, et ce qui devait arriver arrive, il se retrouve jet\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 la porte, vir\u00c3\u00a9, remerci\u00c3\u00a9, il ne sera certainement pas pay\u00c3\u00a9, ni promus, ni congratul\u00c3\u00a9, ni augment\u00c3\u00a9, comment s\u00e2\u20ac\u2122appelle-t-il d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 ce film, \u00c2\u00ab Les joies du travail \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122heure du fordisme \u00c2\u00bb, non, ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas \u00c3\u00a7a ?<\/p>\n<p>Et puis plus rien. Le travail physique dispara\u00c3\u00aet du champ de l\u00e2\u20ac\u2122art\u00e2\u20ac\u00a6 Pas assez sexy certainement. Le travail physique, apr\u00c3\u00a8s tout, nous renvoie vers un pass\u00c3\u00a9 que le monde occidental voudrait oublier. Maintenant, nous avons des machines pour \u00c3\u00a7a. Le travail physique, c\u00e2\u20ac\u2122est bon pour le tiers-monde, c\u00e2\u20ac\u2122est bon pour Charlot, c\u00e2\u20ac\u2122est d\u00e2\u20ac\u2122un autre temps, tout simplement. D\u00e2\u20ac\u2122un autre temps, dans d\u00e2\u20ac\u2122autres lieux. Mais pas ici, pas chez moi, pas dans mon \u00c5\u201cuvre d\u00e2\u20ac\u2122art, pas dans ma pi\u00c3\u00a8ce de th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre.<\/p>\n<p>Pourtant, je me souviens bien avoir vu Giney Ayme accomplir sur sc\u00c3\u00a8ne des gestes que je connais bien, et ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas si vieux que cela, pas dans les ann\u00c3\u00a9es 30, non, mais dans les ann\u00c3\u00a9es 2010. Des gestes que tous les Charlot et tous les manuels connaissent bien pour les avoir appris, pour les avoir int\u00c3\u00a9gr\u00c3\u00a9s dans leurs muscles, dans leurs nerfs : couper, taper, tordre, casser, ranger, jeter, et tout \u00c3\u00a7a en rythme, en rythme !<\/p>\n<p>Moi aussi, d\u00e2\u20ac\u2122ailleurs, comme Charlot, j\u00e2\u20ac\u2122ai eu mon heure de gloire \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122usine : il fallait suivre le rythme d\u00e2\u20ac\u2122une machine qui fabriquait des bouchons en plastique, et j\u00e2\u20ac\u2122ai tout lieu de croire qu\u00e2\u20ac\u2122il s\u00e2\u20ac\u2122agissait de bouchons pour des grenades, c\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tait dans la banlieue de Toulouse, mais chut ! c\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tait dans un autre temps\u00e2\u20ac\u00a6Et moi aussi, alors que j\u00e2\u20ac\u2122avais besoin d\u00e2\u20ac\u2122argent, sinon pourquoi aurais-je fait cela ! je m\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tais fait virer. Pas assez rapide\u00e2\u20ac\u00a6Je vous jure, je ne connaissais pas alors le film de Charlot, ou alors je n\u00e2\u20ac\u2122y pensais pas, mais vraiment pas du tout.\n<\/p>\n<p>Quand on se retrouve derri\u00c3\u00a8re une machine, on oublie dans un premier temps les hommes qui les ont programm\u00c3\u00a9es. On oublie que cette violence ressentie, ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas la machine qui nous l\u00e2\u20ac\u2122inflige, mais les hommes qui ont cadenc\u00c3\u00a9 la machine, et qui ont d\u00c3\u00a9cid\u00c3\u00a9 que vous devriez visser 3600 boulons en une heure, ou sortir 1200 bouchons dans les vapeurs de plastique fondu. La violence, on la ressent en provenance de la machine, et puis on la ressent aussi en provenance de soi, et elle s\u00e2\u20ac\u2122appelle de la rage, parce que l\u00e2\u20ac\u2122on voudrait \u00c3\u00a0 tous prix relever ce d\u00c3\u00a9fi, se montrer \u00c3\u00a0 la hauteur de la machine, et puis voil\u00c3\u00a0, on n\u00e2\u20ac\u2122y parvient pas, on s\u00e2\u20ac\u2122en veut, on se traiterait de minable parce que l\u00e2\u20ac\u2122on arrive pas \u00c3\u00a0 suivre ce rythme, et que d\u00e2\u20ac\u2122autres, au contraire, arrivent \u00c3\u00a0 le faire, sinon, pourquoi la machine serait-elle r\u00c3\u00a9gl\u00c3\u00a9e ainsi ?\n<\/p>\n<p>La violence est l\u00c3\u00a0, dans les rapports avec la mati\u00c3\u00a8re, d\u00c3\u00a8s lors que les objets sont lourds, sont coupants, sont tranchants, sont dangereux. La violence physique, dans le monde du travail, n\u00e2\u20ac\u2122a pas disparu, comme on voudrait le croire, elle est toujours l\u00c3\u00a0, et ce qui est le plus dangereux, c\u00e2\u20ac\u2122est peut-\u00c3\u00aatre le plaisir que cette violence nous donne. Plaisir d\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00aatre un homme, plaisir du viril, plaisir de se sentir en vie, et plaisir du danger qui est l\u00c3\u00a0, qui pourrait nous happer \u00c3\u00a0 tout moment, comme un loup referme ses m\u00c3\u00a2choires sur nous. Un loup, une m\u00c3\u00a2choire, des dents.<\/p>\n<p>C\u00e2\u20ac\u2122est \u00c3\u00a0 tout cela que je pensais en voyant Giney couper ses bouts de carreau, \u00c3\u00a0 toute vitesse, avec un instrument que je poss\u00c3\u00a8de \u00c3\u00a9galement, couper ses planches de bois, avec sa petite hache, j\u00e2\u20ac\u2122ai exactement la m\u00c3\u00aame, enfoncer ses clous, de gros clous, j\u00e2\u20ac\u2122en ai une quantit\u00c3\u00a9 de semblables, ils me servent de temps en temps, quand je veux assembler des planches vraiment bal\u00c3\u00a8zes \u00e2\u20ac\u201c essayez voir de planter un gros clou comme \u00c3\u00a7a. C\u00e2\u20ac\u2122est \u00c3\u00a0 tout cela que je pensais et \u00c3\u00a0 la dext\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9 qu\u00e2\u20ac\u2122il faut pour ne pas se couper un doigt en d\u00c3\u00a9coupant des tranches de planche, moi je fais \u00c3\u00a7a quand je veux allumer le feu, en hiver. Je pense que n\u00e2\u20ac\u2122importe quel manuel, en voyant faire Giney reconna\u00c3\u00aetrait un des siens, et se dirait \u00c2\u00ab ben oui, c\u00e2\u20ac\u2122est des gestes que je connais, mais pourquoi est-ce qu\u00e2\u20ac\u2122il les montre sur une sc\u00c3\u00a8ne, quand je les fais chez moi, y\u00e2\u20ac\u2122a personne derri\u00c3\u00a8re mon dos pour venir me regarder, y\u00e2\u20ac\u2122a pas de cam\u00c3\u00a9ra pour venir me filmer \u00c2\u00bb.\n<\/p>\n<p>A vrai dire, c\u00e2\u20ac\u2122est m\u00c3\u00aame ce qui m\u00e2\u20ac\u2122a troubl\u00c3\u00a9 le plus, en voyant la performance Manu Tension. Tout ce que fait Giney, je le fais, je peux le faire, mais je n\u00e2\u20ac\u2122avais par contre jamais eu l\u00e2\u20ac\u2122id\u00c3\u00a9e de les montrer sur un plateau. C\u00e2\u20ac\u2122est ce que je fais quotidiennement, pourquoi le montrerai-je ? Et pourtant, j\u00e2\u20ac\u2122ai bien \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 happ\u00c3\u00a9 par ses gestes ; j\u00e2\u20ac\u2122ai eu peur pour lui, peur qu\u00e2\u20ac\u2122il ne se coupe un doigt et que la performance ne finisse avec l\u00e2\u20ac\u2122arriv\u00c3\u00a9e d\u00e2\u20ac\u2122une ambulance. Peur que du sang, du sang bien rouge et bien r\u00c3\u00a9el, ne vienne teinter le verre. Cette violence, pourtant, que je connais bien, ne m\u00e2\u20ac\u2122a pas g\u00c3\u00aan\u00c3\u00a9, comme parfois peuvent me barber certaines sc\u00c3\u00a8nes de violence au th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2tre, au cin\u00c3\u00a9ma \u00e2\u20ac\u201c vous savez, ces sc\u00c3\u00a8nes de m\u00c3\u00a9nage, ces engueulades, avec des acteurs qui font mine de se mettre en col\u00c3\u00a8re, cette pantomime lassante derri\u00c3\u00a8re laquelle on devine des tonnes de discours psychologisant, qui font le lit, apr\u00c3\u00a8s tout, de dizaines de films de genre. Quel genre ? Ah oui, le genre psychodrame ext\u00c3\u00a9nuant\u00e2\u20ac\u00a6et ennuyeux.<\/p>\n<p>La violence que montre Gyney, c\u00e2\u20ac\u2122est une violence du possible, de l\u00e2\u20ac\u2122ici et du maintenant ; une violence \u00c3\u00b4 combien ambigu\u00c3\u00ab, puisqu\u00e2\u20ac\u2122elle nous fait plaisir ; et une violence encore des rapports d\u00e2\u20ac\u2122argent et d\u00e2\u20ac\u2122exploitation. Une violence du possible, parce qu\u00e2\u20ac\u2122elle est l\u00c3\u00a0, sous nos yeux, \u00c3\u00a0 tous moments pr\u00c3\u00aate et que beaucoup de performances ne nous montrent \u00c3\u00a0 voir qu\u00e2\u20ac\u2122une trace, qu\u00e2\u20ac\u2122une infime trace du discours qui aura chemin\u00c3\u00a9 dans l\u00e2\u20ac\u2122esprit de l\u00e2\u20ac\u2122artiste. Une trace qu\u00e2\u20ac\u2122il nous faut deviner, mais que parfois, voil\u00c3\u00a0, on n\u00e2\u20ac\u2122a aucune envie d\u00e2\u20ac\u2122essayer de deviner, parce que l\u00e2\u20ac\u2122artiste sera trop rest\u00c3\u00a9 dans ses livres, au mieux, et dans ses extraits de revues d\u00e2\u20ac\u2122art qu\u00e2\u20ac\u2122il aura mal dig\u00c3\u00a9r\u00c3\u00a9, la plupart du temps. L\u00c3\u00a0, on ne peut pas dire que le discours nous noie ! Le discours sous-tend la performance, et les mots projet\u00c3\u00a9s sur l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9cran viennent nous le rappeler, mais les gestes ne sont pas ceux d\u00e2\u20ac\u2122un illusionniste. Le violence que l\u00e2\u20ac\u2122on ressent, c\u00e2\u20ac\u2122est celle des chairs qui pourraient tout \u00c3\u00a0 coup s\u00e2\u20ac\u2122ouvrir, celle des rictus qui pourraient tout \u00c3\u00a0 coup d\u00c3\u00a9former les visages. Finalement, cela me fait penser aussi au moment o\u00c3\u00b9 la femme avec qui on partage sa vie se prend l\u00e2\u20ac\u2122envie d\u00e2\u20ac\u2122accoucher. De l\u00e2\u20ac\u2122ext\u00c3\u00a9rieur, de la peau caress\u00c3\u00a9e, de l\u00e2\u20ac\u2122acte d\u00e2\u20ac\u2122amour, on rentre tout \u00c3\u00a0 coup dans un r\u00c3\u00a9el surdimensionn\u00c3\u00a9, en trois D, en dix D, avec quelle violence ! Ce sang qui se r\u00c3\u00a9pand, ces chairs qui s\u00e2\u20ac\u2122ouvrent, et qui sont pourtant la vie.<\/p>\n<p>L\u00e2\u20ac\u2122ambigu\u00c3\u00aft\u00c3\u00a9 du plaisir \u00c3\u00a0 voir Giney rater sa main avec sa hache, \u00c3\u00a9pargner son ongle avec son marteau, \u00c3\u00a9viter le tranchant du verre, c\u00e2\u20ac\u2122est que l\u00e2\u20ac\u2122on est aussi frustr\u00c3\u00a9 de ne pas voir sa main se s\u00c3\u00a9parer de quelques phalanges, ses ongles s\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9clater comme du beurre enfonc\u00c3\u00a9 dans de la confiture de groseille, sa peau se z\u00c3\u00a9brer de rouge, avant que de grosses ficelles ne viennent la recoudre. Oui, on est vraiment frustr\u00c3\u00a9 de ce plaisir-l\u00c3\u00a0. Comme, je suppose, ceux qui vont assister \u00c3\u00a0 une corrida en esp\u00c3\u00a9rant bien que le tor\u00c3\u00a9ro se fera embrocher et que le taureau repartira avec les baloches de l\u00e2\u20ac\u2122homme scintillant au bout des cornes, et qui ne voient qu\u00e2\u20ac\u2122un pantin enfoncer un cure-dents entre les c\u00c3\u00b4tes d\u00e2\u20ac\u2122un animal ext\u00c3\u00a9nu\u00c3\u00a9. La violence que nous donne \u00c3\u00a0 voir Giney, c\u00e2\u20ac\u2122est celle de la sc\u00c3\u00a8ne th\u00c3\u00a9\u00c3\u00a2trale primitive, celle pour laquelle ce bon Aristote a plac\u00c3\u00a9 en t\u00c3\u00aate de rayon le mot catharsis. La violence qui nous purge de nos mauvaises biles, parce qu\u00e2\u20ac\u2122elle nous rappelle tout de suite, dans l\u00e2\u20ac\u2122instant, la somme de passions qui sous-tend chaque \u00c3\u00aatre et chaque action. La violence qui nous fait voir le muscle et les visc\u00c3\u00a8res derri\u00c3\u00a8re la peau et les ongles.<\/p>\n<p>Et enfin une violence des rapports de domination des hommes sur les autres, \u00c3\u00a0 travers le travail et les outils. Celle-l\u00c3\u00a0, cette violence, on la subit au cours de Manu Tension, d\u00e2\u20ac\u2122autant plus quand on l\u00e2\u20ac\u2122a connue, et que l\u00e2\u20ac\u2122on reconna\u00c3\u00aet derri\u00c3\u00a8re la h\u00c3\u00a2te de Giney \u00c3\u00a0 trancher ses planches la pression de l\u00e2\u20ac\u2122horloge, la r\u00c3\u00a9primande insidieuse du chef, la menace de la feuille de paie. Elle nous appara\u00c3\u00aet encore plus li\u00c3\u00a9e au monde du travail, et des moyens de contr\u00c3\u00b4le num\u00c3\u00a9riques, que la mise en multim\u00c3\u00a9dia de Philippe Boisnard et Hortense Gautier sous-tend continuellement la performance, et parfois la perturbe m\u00c3\u00aame. Ce n\u00e2\u20ac\u2122est pas une tautologie qui nous est donn\u00c3\u00a9e \u00c3\u00a0 voir par cette mise en multim\u00c3\u00a9dia, dans le sens o\u00c3\u00b9 les mots pr\u00c3\u00a9sents \u00c3\u00a0 l\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9cran, les modifications de prises de vue en temps r\u00c3\u00a9el, ne redisent pas ce que Giney fait sur sc\u00c3\u00a8ne, mais au contraire rajoutent cette violence du contr\u00c3\u00b4le sur les actes effectu\u00c3\u00a9s. La violence des mots, qui peut \u00c3\u00aatre bien plus terrible que celle des corps, quand elle \u00c3\u00a9voque le pays natal, le d\u00c3\u00a9chirement, quand elle nous rappelle le contr\u00c3\u00b4le de plus en plus insidieux des moyens de suivi et de surveillance num\u00c3\u00a9riques sur chaque citoyen, dans la rue, \u00c3\u00a0 son lieu de travail, et bient\u00c3\u00b4t dans son intimit\u00c3\u00a9.\n<\/p>\n<p>Et cette histoire de vagin dent\u00c3\u00a9, au fait ? Ah oui, ce vieux mythe&#8230; C\u00e2\u20ac\u2122est dans les endroits de travail, dans les ateliers poussi\u00c3\u00a9reux, dans les usines h\u00c3\u00a9riss\u00c3\u00a9es de pics, de trous glissants, de masses frappantes, que j\u00e2\u20ac\u2122y ai le plus pens\u00c3\u00a9. L\u00e2\u20ac\u2122impression que la caverne dans laquelle j\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9tais rentr\u00c3\u00a9, pour travailler, n\u00e2\u20ac\u2122avait d\u00e2\u20ac\u2122autre but que de me d\u00c3\u00a9couper, de me hacher, de m\u00e2\u20ac\u2122aplatir, de me saucissonner, de m\u00e2\u20ac\u2122\u00c3\u00a9triper. Ces endroits dans lesquels vous savez, parce que vous l\u00e2\u20ac\u2122apprenez au d\u00c3\u00a9tour d\u00e2\u20ac\u2122une conversation, \u00c3\u00a0 la cantine, que quelqu\u00e2\u20ac\u2122un est mort justement l\u00c3\u00a0, pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9ment, au cours d\u00e2\u20ac\u2122une explosion, ou bien p\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9tr\u00c3\u00a9 par un \u00c3\u00a9clat de m\u00c3\u00a9tal qui aura \u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a9 de la presse.  C\u00e2\u20ac\u2122est en fait \u00c3\u00a0 tout cela que je pensais en voyant Manu Tension, de Giney Aym\u00c3\u00a9, mis en multim\u00c3\u00a9dia par Philippe Boisnard et Hortense Gautier.\n<\/p>\n<p>Peut-\u00c3\u00aatre qu\u00e2\u20ac\u2122une performance n\u00e2\u20ac\u2122est r\u00c3\u00a9ussie que quand elle nous plonge dans l\u00e2\u20ac\u2122expectative, tout d\u00e2\u20ac\u2122abord, qu\u00e2\u20ac\u2122elle parvient progressivement \u00c3\u00a0 r\u00c3\u00a9activer certaines de nos peurs essentielles, primitives, puis qu\u00e2\u20ac\u2122elle r\u00c3\u00a9sout ce myst\u00c3\u00a8re que chacun d\u00c3\u00a9couvre en soi, au c\u00c5\u201cur de la repr\u00c3\u00a9sentation.<\/p>\n<p>Xavier Malbreil   <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>STATION 6 Giney AYME Dispositif multim&eacute;dia&#8230; par giney DIFFUSION &#8211; Les instants vid\u00c3\u00a9os &#8211; Marseille &#8211; octobre 2011. &#8211; La coop\u00c3\u00a9rative &#8211; Montaulieu &#8211; novembre 2011. &#8211; L&#8217;\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 des arts &#8211; Le CRANE &#8211; juillet 2011. &#8211; Databaz &#8211; Angoul\u00c3\u00aame &#8211; mars 2011. 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